Slate a fait le calcul: les présidents de région cumulent moins que leurs homologues présidents de conseils généraux. Mais ce n’est pas parce qu’ils sont plus vertueux.
Nous nous intéressons ici au cumul d’une fonction locale avec une fonction nationale (député, sénateur ou ministre). Le cumul entre deux fonctions locales est limité: les présidents de régions ou de conseils généraux ne peuvent être qu’adjoint au maire ou président de communauté de communes, la loi leur interdisant d’être maire.
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55% des présidents de conseils généraux cumulent, contre seulement 32% des présidents de régions. Comment expliquer cette nette différence? Les présidents de conseils régionaux auraient-ils plus de travail que leurs collègues des départements?
L’argument n’est pas défendable, car la charge de travail est équivalente: une région est certes plus vaste à couvrir mais les compétences sont plus stratégiques, moins ancrées dans la vie quotidienne que dans un département. Mais cette comparaison n’est que théorique, un poste est fonction de la motivation et de l’influence de celui qui l’occupe.
La vraie raison est ailleurs et elle est cruelle à énoncer en pleine campagne: la présidence de région n’est pas un poste attractif pour les ambitieux.
Les cumulards, qui cherchent un ancrage régional pour favoriser leur carrière nationale, vont naturellement vers le poste le plus intéressant. Et ils choisissent très rarement la région. Seule Ségolène Royal se sert de sa présidence en Poitou-Charentes comme d’un tremplin et d’un laboratoire pour des fonctions nationales.
Premier avantage du département: la présidence d’un conseil général oblige à se frotter directement aux électeurs. Les cantonales sont un scrutin uninominal —la base du métier politique, le tractage sur un marché avec sa propre photo— alors que les régionales sont un impersonnel scrutin de liste. «Les grands élus ont plutôt tendance à aller vers le scrutin uninominal, plus prestigieux et donnant plus d’influence personnelle. Etre élu sur son nom permet en outre de s’affranchir du poids du parti», explique Alain Lambert, sénateur UMP et président du conseil général de l’Orne.
Autre avantage: le conseil général est bien plus doté qu’un exécutif régional grâce notamment à ses compétences dans le domaine social. Prenons l’exemple de l’Hérault. En 2009, la région Languedoc-Roussillon affichait un budget de 1,084 milliard d’euros. Alors que le seul département de l’Hérault disposait lui de 1,234 milliards d’euros. En Ile-de-France, Slate avait calculé que le conseil général du Val-de-Marne disposait de 1.368 euros par habitant, contre seulement 383 euros par habitant pour le conseil régional.
Marc Abélès, ethnologue spécialisé dans l’observation de la vie politique, estime qu’une présidence d’un conseil régional est aussi peu attrayante qu’un mandat européen: «Le rapport avec l’électeur est peu présent car les compétences sont essentiellement de l’ordre de la planification économique. Les conseils généraux ont l’avantage de toucher le quotidien avec la gestion des routes ou de l’action sociale.»
Pour toutes ces raisons, les politiques qui ont une ambition nationale fuient les conseils régionaux. Les grands présidents de région ont un profil différent: ce sont soit d’anciens ministres qui trouvent dans la région une pré-retraite dorée (Michel Vauzelle en Paca, Martin Malvy en Midi-Pyrénnées), soit des notables locaux qui font de la défense du terroir régional leur combat politique prioritaire (Alain Rousset en Aquitaine, Georges Frêche en Languedoc-Roussillon).
Il ne faut pas cependant pas oublier que la région est une institution jeune. «Quand les premières élections régionales eurent lieu en 1986, elles n’ont que peu attiré les grands politiques. Les seuls poids lourds à se présenter étaient Dominique Baudis et Olivier Guichard. La région était considéré comme une institution qui n’avancerait jamais. Depuis, il y a quand même une montée en puissance», relève Elisabeth Dupoirier, directrice de recherche au Cevipof. Pour ces élections régionales 2010, un certain nombre de poids lourds sont sur la ligne de départ: Valérie Pécresse, Cécile Duflot, Ségolène Royal, Jean-Marie Le Pen, Xavier Darcos ou Dominique Bussereau. Mais aucun n’a de réelles chances d’être élu président de région, à part la déjà présidente de Poitou-Charentes.
Il y a une dernière raison qui explique le faible taux de cumul des présidents de région: ils ont essayé de cumuler mais n’y sont pas arrivé. L’élection au poste de président de région peut-être un marchepied pour des politiques en mal de reconnaissance. Plusieurs d’entre eux décident de se présenter aux législatives ou aux sénatoriales pendant leur mandat. Mais ça peut être un échec. On peut citer Claude Gewerc, président de Picardie, qui n’a pas été investi par le PS pour les législatives 2007 ou Jean-Paul Bachy, président de Champagne-Ardennes, qui a perdu au premier tour des mêmes législatives.
Vincent Glad
Image: Georges Frêche, dans son bureau à Montpellier le 30 janvier 2010, REUTERS/Stringer France














