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A gauche, le casting prime sur le scénario

Dans un précédent article sur la résurgence d’une nouvelle forme de gauche plurielle, un lecteur, mos0132, s’étonnait de lire des «articles sur des politiciens sans parler de leur programme». Remarque pertinente, mais ce n’est pas si étonnant. Dans toutes leurs déclarations, les grands vainqueurs de ces élections régionales promettent la main sur le cœur que ce sera le programme d’abord. Un pieux mensonge: on sait bien que c’est le casting qui primera sur le scénario. Passage en revue, au lendemain des régionales, des candidats aux premiers rôles qui détermineront le déroulement des événements.

Martine Aubry taille patronne

C’est évidemment la grande gagnante de ce scrutin. Elle a pris un parti en lambeau, déchiré par les querelles internes pour recréer sur les vestiges de la gauche plurielle époque Jospin, ce qu’elle appelle elle, une «gauche solidaire» réunissant socialistes, écologistes et une partie de la gauche radicale (celle qui accepte de gouverner dans le cadre d’alliances). Relookée, plus affable avec les journalistes, entourée d’une jeune garde plus en phase avec la société, elle veut montrer qu’elle est à l’aise dans le costume de la patronne.

Sa victoire d’aujourd’hui doit lui rappeler que la vague rose de 2004 n’avait pas permis à François Hollande de se tailler un destin national. Mais il y a une différence entre les deux premiers secrétaires: Hollande gérait ses propres ambitions au sein d’un PS à tendance hégémonique quand Aubry a déjà ouvert les portes de son parti à un possible rassemblement des forces de gauche pour 2012. Et elle vient de démontrer qu’elle pouvait initier et mener jusqu’au bout cette union d’un nouveau genre.

Au soir du second tour, c’est un discours de chef de l’opposition que la patronne du PS a prononcé: «Ce résultat prépare l’avenir et c’est un rejet d’une politique injuste. Les Français attendent une gauche de projet. C’est un encouragement et une exigence, nous y mettrons toute notre énergie, je m’y engage».

Quel est le calendrier pour le PS ? D’abord une convention sur le projet en mai, puis une autre pour savoir comment le parti déterminera son candidat. Deux options: soit socialistes, écologistes et autres partenaires vont à la bataille en ordre dispersé; soit tous parviennent à s’entendre pour de vastes primaires à gauche. Charge à celui désigné de porter le projet commun beaucoup mieux que Ségolène Royal ne l’avait fait en 2007.

A ce chapitre, il y a une autre chose qui différencie François Hollande de Martine Aubry à la tête du PS. Le premier a toujours attendu que les événements tournent en sa faveur pour annoncer en candidat du PS à l’élection présidentielle. Martine Aubry, elle, n’attendra pas. Au PS, certains assurent que sa décision est déjà prise et qu’elle annoncera en juin qu’elle se présentera aux primaires qui se dérouleront en 2011.

Ségolène Royal déjà en campagne pour 2012

La Dame du Poitou est de retour et ceux qui ont profité de sa relative discrétion ces dernières semaines vont morfler. Comme pour le soir du premier tour, Ségolène Royal a voulu griller la politesse à tout le monde pour être la première à faire sa déclaration télévisée. Déclaration de portée nationale durant laquelle elle a utilisé la même expression que Martine Aubry: «Je m’engage». Et d’ajouter un peu tard que «cette victoire n’est pas celle d’un camp». Traduire : surtout pas celui d’Aubry.

Confortée par sa réélection avec un score écrasant de près de 61%, voilà donc Ségolène Royal de retour aux affaires et elle compte bien s’appuyer, comme pour la présidentielle 2007, sur sa région pour s’imposer à nouveau au sein du parti. Comme l’indiquait dimanche soir Christophe Barbier, le patron de l’Express, certains de ses proches comme Jean-Louis Bianco, jugeait que leur icône a «le charisme, le coffre, les tripes». C’est clair, la campagne présidentielle pour 2012 a commencé.

Mais ce sera encore plus dur cette fois à plusieurs titres:

  1. en tant que première secrétaire du parti, Martine Aubry sera une adversaire d’une autre trempe que François Hollande;
  2. l’ombre de DSK, toujours le candidat PS préféré dans les sondages, se fait de plus en plus pesante et ses relais en France, notamment dans les médias, sont en train de s’organiser;
  3. en cas de primaires étendues à l’ensemble de la gauche, elle qui a prôné l’alliance avec le MoDem et rejeté la taxe carbone ne sera pas la mieux armée à l’heure du retour de la gauche plurielle;
  4. les électeurs socialistes se souviennent qu’elle n’est pas non plus la plus douée pour porter un programme auquel elle n’adhère pas complètement. Beaucoup d’élément qui laissent à penser que Ségolène Royal pourrait être tentée d’y aller seule, hors du PS.

Cécile Duflot sur une vague d’ambition

Sa gouaille et sa jeunesse en font une des nouvelles figures de la classe politique très appréciées des plateaux de télé, mais aussi des électeurs. Présente auprès de Dominique Voynet durant la présidentielle pour les Verts de 2007, Cécile Duflot n’a vraiment explosé que dans le cadre de cette Europe Ecologie, façonnée et tirée vers le haut par Daniel Cohn-Bendit. Un rassemblement qu’elle voit comme «une boule de neige qui grandit» au fur et à mesure qu’elle avance.

Si Cécile Duflot pense qu’il faut avancer encore et faire croître Europe Ecologie, elle estime que la question d’organisation est seconde et qu’il y a nécessité de travailler le projet. En cela, elle diffère quelque peu de «Dany» qui veut avant tout créer une grande force politique pour rassembler toutes les forces de l’opposition. Lui s’est déjà dit prêt à s’allier avec le PS dans la cadre de grandes primaires à gauche, qui garantiraient à défaut d’un candidat écologiste à la présidentielle, au moins une quarantaine de députés. C’est le sens de son appel du 22 mars qui peut être autant un atout qu’une faiblesse pour la nouvelle meneuse écologiste.

Soit Cécile Duflot décide de suivre Daniel Cohn-Bendit dans cette démarche, soit elle décide de capitaliser sur son bon score des régionales et elle voudra se présenter à la présidentielle 2012 au nom des Verts. Avec le risque qu’à vouloir se compter, ceux d’une seule main ne suffisent. Les Verts en ont déjà fait la douloureuse expérience. Lundi matin, Cécile Duflot ne rejetait pas la proposition de Daniel Cohn-Bendit, mais elle la trouvait floue. Les vieux démons ne sont pas loin: ce flou a souvent été la ligne de conduite des Verts.

Marie-George Buffet, une place sur la photo

Marie-George Buffet revient de loin et elle est trop tout: trop contente du recul de Besancenot dans la guerre de la gauche radicale, trop satisfaite d’avoir participé à la victoire de la gauche aux régionales, trop heureuse de pouvoir peut-être compter parmi les forces qui vont faire l’élection 2012. Tout cela était concentré dans ses déclarations de dimanche soir: «Cette victoire, c’est celle de toute la gauche, c’est la victoire de tous à gauche. Le Front de gauche a contribué à ce résultat. Il constitue sans conteste une des trois forces qui, ensemble, ont permis le succès.»

Bref, elle a l’impression d’être dans le bon train et personne ne la fera descendre en marche. Même si elle peut avoir la désagréable impression qu’entre les deux tours, c’est juste pour la photo qu’on lui a demandé d’accompagner Martine Aubry et Cécile Duflot dans un bar parisien. En effet, comme l’expliquait dans Libération le socialiste Jean-Christophe Cambadélis, «on passe de l’axe PS-PCF ouvert aux Verts à l’axe PS-écologistes ouvert au PCF».

Problème supplémentaire, elle a le même ticket de voyage que l’ancien socialiste Jean-Luc Mélenchon qui est beaucoup moins porté sur les alliances que sa collègue du Front de Gauche et qui lui, sera tenté de descendre en marche. Il a déjà pris ses distances avec certains socialistes sur le dossier des retraites. Sans compter qu’a priori, elle devrait quitter la tête du PCF avant l’été.

François Hollande

Il pensait pouvoir être le candidat qui s’impose quand il était à la tête du PS. Il pense désormais pouvoir le devenir maintenant qu’il ne l’est plus. Un tour de passe-passe loin d’être gagné. Seule certitude entre les deux tours des régionales: le nouveau François Hollande, relooké des pieds à la tête, a décidé de mettre la pédale douce sur la gomina dans les cheveux. Celui qui a déjà laissé entendre qu’il serait candidat aux primaires socialistes de 2012, se contente de suivre le tempo imposé par Martine Aubry.

Sur les plateaux télé, il affirme haut et fort les ambitions socialistes: «Nous sommes là pour être au gouvernement, pour accéder à la présidence de la République». Il ne manque pas grand-chose pour que le «Nous» se transforme en «Je». Mais du coup, si lui y va, d’autres n’hésiteront pas non à franchir le pas. Au risque de se retrouver avec une foire d’empoigne de candidats qui empêcherait de dégager un leader fort.

David Carzon

Photo: De gauche à droite: Marie-George Buffet, Martine Aubry et Cécile Duflot, le 18 mars 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

2 Réponses pour “A gauche, le casting prime sur le scénario”

  1. Testatio dit :

    Je trouve que vous y allez un peu fort. Cette « éclatante victoire » du PS est à mettre à coté des élection Européenne d’il y a 9 mois qui ont été un véritable fiasco électoral avec seulement 0.2% d’avance sur Europe Ecologie et largement moins de 20% des voix.
    Entre ces 2 élections, EE a une chance non négligeable de placer « son candidat » au second tour sans pour autant s’allier avec une autre formation.

    De plus, les décisions étonnante de la région languedoc Roussilon, ou le PS a préféré sortir une liste bancale plutôt que s’appuyer sur une liste vert. Ceci a eu pour conséquence d’éliminer les 2 listes dès le premier tour. Tout ca pour finalement appeller à voter pour G. Frêche. Une stratégie pour le moins incompréhensible et individualiste.

    Alors, la victoire éclatante est à mettre légèrement entre parenthèse, parce que si lors de sa primaire, le PS n’arrive pas à dégager une personnalité forte et rassembleuse, le spectre 2002 ne sera pas très loin.

  2. tc10 dit :

    Au cinéma le scénario c’est ce qui fait la force d’une bonne réalisation. C’est la philosophie, la vision qu’on veut explorer à travers l’engagement d’un personnage central ou de divers personnages dans une ou des actions pour résoudre un problème majeur à cause d’une situation, quelque chose comme ça. Si on laisse le boulot se faire par ceux qui brodent autour des évènements, comme le font si bien les médias et le public crédule n’a qu’à suivre les leçons et les conseils pour créer ainsi le destin de la France; c’est donc très peu pour moi. Ainsi c’est les médias qui font la promotion des castings ! Je pense qu’aucune des « icônes » présentées dans le trio féminin promu par la presse de gauche ne trouvera grâce à mes yeux. Quand on voit le score de Buffet, le scénario loupé d’Aubry dans le Languedoc Roussillon, et la jeunesse de Duflot dont on ne sait pas si elle a les dents plus longues qu’on le redoute, j’espère plus de surprises et de rebondissements comme ça devrait l’être pour prouver la vitalité des électeurs.

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