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En Rhône-Alpes, l’arc-en-ciel annonce des orages

Jean-Jack Queyranne

La coalition de gauche rose-verte-rouge, menée par le PS, avec le président sortant Jean-Jack Queyranne, Europe Ecologie derrière Philippe Meirieu et le Front de Gauche avec Elisa Martin, a emporté la victoire ce dimanche soir par 50,2% contre Françoise Grossetête pour l’UMP (35%) et Bruno Gollnisch pour le Front national (14,8%). Un résultat peu surprenant. Mais un résultat décevant. On avait prédit une victoire confortable. Victoire il y a eu. Pour ce qui est du confort…

D’abord les chiffres. Avec 50,2%, la gauche ne semble avoir bénéficié ni d’un apport de voix significatifs par rapport au premier tour, ni de l’augmentation du taux de participation. Peut-être faut-il y voir la conséquence d’un entre deux tours désastreux où le programme d’union promis mardi a été reporté de jour en jour pour finalement être diffusé auprès des médias vendredi soir tard, à peine 36h avant le début du scrutin. Difficile d’obtenir l’adhésion des troupes lorsque l’on tarde à exprimer clairement à son électorat les engagements communs. Peut-être faut-il y voir aussi, de manière plus générale, une difficulté de la part du PS à mobiliser son électorat populaire. Difficulté qui se traduit notamment dans l’est lyonnais, où le Front national atteint souvent la barre des 20%. Quoiqu’il en soit, le président Queyranne, s’il est quasiment assuré de retrouver son fauteuil, risque néanmoins de le trouver peu confortable. En 2004, mis face à l’obligation de composer avec le groupe des verts, il expliquait avec une assurance tranquille: «Ils doivent faire l’apprentissage de la responsabilité c’est à dire passer d’une culture de la protestation à une culture de la gestion.» En 2010, c’est à nouveau de responsabilité dont il parle, mais cette fois, sa déclaration, à l’annonce des résultats, avant même les félicitations et remerciements d’usage, traduit une inquiétude: «Nous sommes obligés de réussir ensemble et les chicayas et petites histoires ne doivent pas nous faire reculer.»

Le risque de l’impasse mexicaine

Il est certain que si l’assemblée se dessine telle que cela a été annoncé cette semaine, il perd le confort de la mandature précédente. Avec 8 vice-présidences pour le PS et 6 pour Europe Ecologie, la balance établit un équilibre des forces qui devra pousser la région à mener une politique environnementale encore plus marquée. Et à ce sujet, les points de désaccords sont nombreux. On peut temporiser du côté du nucléaire avec l’EPR en précisant que la région n’est pas décisionnaire, idem des Jeux olympiques à Annecy en 2018, la décision ne relève pas de la volonté rhônalpine. Concernant la stratégie locale, ça s’annonce plus compliqué. Europe Ecologie refuse catégoriquement l’aide à l’implantation des grandes entreprises étrangères et aux entreprises locales qui exportent. Un coup dur porté à la politique menée par Jean-Jack Queyranne en direction de l’international sous l’impulsion de l’organisme Erai (Entreprises Rhône Alpes International), un bébé qui lui tient à cœur, qu’il a fait grandir, implanté dans 16 pays et dont la mission est d’accompagner le développement des entreprises locales exportatrices et d’accueillir les étrangères. Le rayonnement international n’est pas pour la région un credo d’opérette, il en est la marque existentielle, la condition sine qua non pour s’inscrire dans la dynamique européenne, au même titre que la Catalogne, la Lombardie ou le Bade-Wurtemberg. Autre sujet épineux, les nanotechnologies. S’agissant de prises de positions idéologiques différentes sur les sciences du vivant, ce pourrait être un débat intéressant. S’agissant de gouvernance, Rhône-Alpes est l’une des régions les plus engagées dans le développement des pôles de compétitivité, dont les fameux Minatec et Biopole, centres dédiés aux nano et biotech, uniques au monde et financés en partie par les collectivités territoriales. Philippe Meirieu balaye la question économique en arguant que le développement des activités environnementales est créateur d’emploi… Vraiment, la posture n’est pas confortable et augure une dangereuse et cruelle impasse mexicaine.

Les discussions promettent donc d’être tendues au cours des quatre années qui viennent. L’arbitrage viendra sans doute de l’opposition, un UMP qui avec un score de 35% a gagné 9 points par rapport au 26,39 du premier tour, limitant la débâcle à un simple échec, et un Front national qui avec 14,8% a légèrement augmenté son score du 1er tour. Françoise Grossetête, fidèle au curieux tempo déniant de sa majorité, réagit aux résultats en gagnante: «Nous sommes la seule liste qui a progressé largement entre les deux tours alors qu’on nous disait sans réserve de voix.» Quant à Jean-Jack Queyranne: «Il est élu grâce au Front national et sans progression des voix de gauche!»

Le FN, un pion? Plutôt un joker, devrait-on dire. Selon la manière dont on joue la partie, il fait gagner la gauche et perdre la droite qui néanmoins pourrait gagner avec ses voix… Ce dimanche soir et les jours d’avant, on n’a guère entendu parler des TER, des Jeux olympiques, de la gare TGV de Allan, de l’EPR ou de l’implication de la région dans les pôles de compétitivité. On a en revanche longuement glosé sur les interventions du chef de l’Etat, le débat sur l’identité nationale, la crise économique, le chômage, les retraites et le bilan du gouvernement. Si vraiment la stratégie vise la case 2012, comment jouer le pion? A priori, miser sur l’ouverture à gauche n’a pas été la bonne tactique.

Catherine Auch-Roy

Photo:Jean-Jack Queyranne, le 14 mars 2010 à Bron. REUTERS/Robert Pratta

À LIRE ÉGALEMENT: Jusqu’où le rose et le vert peuvent-ils s’accorder?

1 réponse pour “En Rhône-Alpes, l’arc-en-ciel annonce des orages”

  1. michmich dit :

    le PS a eu chaud, cette union de façade va les bloquer et ralentir beaucoup de projets… la France vote écolo au premier tour pour signifier à l’exécutif (et non pas aux régions !) que la politique telle qu’elle est faite aujourd’hui est en opposition avec une majorité de Français, qu’ils ont voté vert non pas parce qu’ils font leurs courses dans les supermarchés bio (sauf quelques profs, retraités et des 68tards chevelus, prêts à payer 4 euros leur kilo de poireaux) d’ailleurs heureusement qu’ils ne sont pas passés au second tour, ils parlent déjà de dissoudre leur mouvement « d’amateurs » dixit cohn-bendit, (merci aux électeurs qui y ont cru!) qu’elle (la politique) ne sert que les intêrets d’une oligarchie (peu importe de quel coté elle se trouve, d’ailleurs, et que la confusion profite aux fauteurs de trouble. peut-être que les Français se réveilleront un jour, en se rendant compte que d’une façon ou d’une autre, le déficit abyssal de nos finances publiques est le strict reflet de la façon dont la France est gérée.

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