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Jusqu’où le rose et le vert peuvent-ils s’accorder?

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La stratégie en rose et vert de la gauche aux élections régionales a-t-elle un avenir pour la présidentielle?

Une fois les élections régionales passées, l’interface entre le Parti socialiste et Europe Ecologie sera-t-elle suffisamment large et solide pour constituer un socle commun jusqu’à la présidentielle de 2012? Si, comme l’a déjà déclaré Daniel Cohn-Bendit, les verts considèrent qu’il vaut mieux négocier un maximum de circonscriptions pour des députés écolos que présenter un candidat écologiste à ces élections, le tête-à-tête rose-vert en sera simplifié. Mais d’autres écologistes, moins ouvert au réalisme, ont déjà rétorqué qu’ils n’entendaient pas se passer de la visibilité que donnent une élection présidentielle –moment privilégié de la vie politique française– pour défendre leurs idées. Et dans ce cas-là, l’équation qui rapprochera les deux principales composantes de la gauche française n’est pas encore écrite.

A l’occasion des régionales, pour réussir à faire front commun (sauf en Bretagne) au deuxième tour, écologistes et socialistes ont fait preuve de beaucoup de pragmatisme. Priorité à la stratégie politique sur l’idéologie. A ce compte-là, ils ont pu se rassembler sous la bannière anti-droite. Il sera plus compliqué de s’entendre sur un programme, d’autant que le PS devra aussi compter avec un allié qui s’est invité dans les régionales, le Front de gauche.

De lourds antagonismes

Des dossiers qui ont pu être pudiquement mis de côté comme la construction de nouvelles lignes ferroviaires à grande vitesse ou de nouvelles centrales nucléaires, vont ressortir. En Aquitaine, les verts s’opposent à des projets de ligne à grande vitesse. Le problème sur ce dossier éminemment grand public va se reposer. A l’échelle nationale, le PS est d’autant moins opposé aux TGV que tous les élus de gauche aspirent à voir la grande vitesse ferroviaire desservir leurs gares, et qu’elle est le symbole d’une réussite française.

On pourrait souligner aussi le fossé qui sépare le Parti socialiste d’Europe Ecologie sur le nucléaire. Historiquement, tout les oppose. Déjà avant la présidentielle de 2002, Lionel Jospin avait fait sauter la fragile cohésion de la Gauche plurielle en affirmant qu’il n’était pas favorable à ce que la France renonce au nucléaire. Rien de bien nouveau dans ce sentiment: la gauche française a toujours été, comme la droite, pro-nucléaire. Mais ce rappel avait braqué les écologistes qui réclamaient au moins comme en Allemagne une perspective de sortie sur une vingtaine d’années. Dénonçant une provocation, les verts en conclurent que conditions n’étaient pas réunies pour envisager une participation à un gouvernement socialiste. A l’issue du premier tour de cette élection, l’électorat vert manqua au candidat Jospin.

Certes, dix ans auront coulé sous les ponts au moment de la campagne électorale de 2012. Mais quels pourront être les points de rencontre des uns et des autres sur l’avenir de la centrale en construction de Flamanville, cible privilégiée des anti-nucléaires et que les socialistes n’envisagent pas de remettre en question? Et sur l’avenir de l’usine de retraitement des déchets de La Hague, ou du site d’enfouissement des déchets radioactifs de Bure (à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne), directement associés à la poursuite du nucléaire?

Des projets de société divergents

Certes, il y a des dossiers où les positions sont moins éloignées, comme sur les OGM. L’interdiction réclamée par les verts et le moratoire souhaité par les socialistes peuvent coexister. Mais plus globalement, les projets politiques des uns et des autres ne sont pas forcément solubles dans le même programme. On en a eu l’illustration dans un débat organisé par le Nouvel observateur entre le socialiste Pierre Moscovici et l’écologiste Jean-Paul Besset. Quand l’un soutient la pertinence du clivage gauche-droite pour justifier son engagement sur les questions sociales, l’autre souligne la priorité à donner aux grands enjeux écologiques dont le social est une des composantes.

Quand le premier insiste sur l’impératif de croissance pour créer des emplois, le second introduit la décroissance au nom de la durabilité économique. C’est un exemple, mais ils sont multiples. De la prise en compte du respect des droits de l’homme dans certains pays à la vente de centrales nucléaires dans d’autres en passant par les ventes d’armes.

La gauche et l’économie de marché

Les projets de société divergent. Les modèles économiques s’opposent. Le PS, parti de gouvernement, s’inscrit dans une certaine continuité. Au point que, si on l’a entendu s’insurger contre les excès de la libéralisation capitaliste, la financiarisation de l’économie, la disparition des services publics et les délocalisations, les gouvernements de gauche depuis vingt ans se sont malgré tout inscrits dans le développement de l’économie de marché sans installer de contre-feux à ses effets pervers –qu’ils s’agissent de désindustrialisation, de licenciements ou d’exubérance financière.

Bien sûr, on fera beaucoup porter le chapeau à l’Union européenne et au Pacte de stabilité et de croissance (que les écologistes ont combattu et que les socialistes ont soutenu). Mais il y eut des périodes où l’Europe était majoritairement rose, sans que les partis de gauche au pouvoir –y compris français– se saisissent de cette opportunité pour faire adopter au Conseil européen des dispositions en faveur d’un nouveau projet de société.

Un pacte écologiste

Les verts ont eu des ministères, pas des gouvernements. Ils peuvent prôner un plus grand radicalisme pour n’avoir pas dû assumer d’arbitrages globaux. On peut s’attendre, si Europe Ecologie et le PS doivent un jour construire ensemble un programme de campagne puis de gouvernement, à voir les verts pousser leur Pacte de coopération écologique et solidaire (Paces) qui leur a si bien profité aux élections européennes de 2009. C’est grâce à ce Pacte, et à Daniel Cohn-Bendit, que l’écologie en France s’est installée à un niveau deux fois plus élevé que ses précédents scores électoraux.

Ce pacte en dix points –sociaux et environnementaux— avait été calibré pour gagner, et on n’y trouve rien qui pourrait faire se cabrer les socialistes: ni sur le chômage ou la pauvreté, pas même sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des consommations d’énergie, ou l’augmentation des énergies renouvelables… En fait, les objectifs de ce Pacte ne sont pas très loin de ceux du Grenelle de l’environnement… initié par Nicolas Sarkozy et orchestré par son ministre Jean-Louis Borloo. C’est dire s’ils n’ont pas vocation à provoquer. Mais lorsque l’électorat écologiste demandera à ses représentants des engagements précis pour que les promesses ne restent pas lettre morte, pourront-ils également parler au nom des socialistes?

Moins rêver la politique

Jusqu’à présent et depuis quarante ans en France, les modèles économiques et sociaux des écologistes et des socialistes ne pouvaient se superposer. Depuis le début des années 1970, le rapport au pouvoir de ceux-ci ne pouvait que déclencher le rejet de ceux-là. Les uns voulaient être un parti de masse réclamant une nouvelle distribution des richesses, les autres voulaient vivre autrement et promouvoir de nouvelles valeurs. Des alliances ont été nouées comme dans l’épisode de la Gauche plurielle; elles ont laissé chez les écologistes beaucoup d’amertume. Mais les Verts, notamment au contact de l’Europe, ont appris à moins rêver la politique et à mieux la pratiquer. Pour exister dans le débat, comme ils viennent de le montrer à deux élections successives.

Ce réalisme nouveau n’est pas forcément du goût de tout le monde: c’est une des raisons de la défection d’anciens électeurs socialistes –encartés au PS ou seulement sympathisants– récemment passés du côté des écolos, et qui auront préféré s’abstenir de voter au deuxième tour des régionales pour ne pas apporter leur voix à un parti qui les a déçus. Mais avec la crise et après une longue traversée du désert idéologique, on peut aussi considérer que le PS pourrait se rapprocher d’une écologie moins dogmatique et plus pragmatique en renouant avec ses fondamentaux. Le chantier est ouvert.

Gilles Bridier

Photo: Color your Life/ Capture Queen ™ via FlickrCC Licence by

À LIRE ÉGALEMENT: PS-Europe Ecologie: un mariage de régions pour commencer ; Front de gauche: l’OPA de Mélenchon sur le PCF ; Ile-de-France: le PS passe au Passe unique

3 Réponses pour “Jusqu’où le rose et le vert peuvent-ils s’accorder?”

  1. J.BENILLOUCHE dit :

    Parité ?

    Les résultats des élections régionales françaises ont été, comme prévu, un échec pour le parti de Nicolas Sarkozy. Pour le deuxième tour, les trois partis de gauche, parti socialiste, Verts et parti communiste ont fusionné leurs listes pour faire front commun contre l’UMP gouvernementale. Pour nous qui vivons loin, les commentaires ont été précieux et variés mais contradictoires comme il fallait s’y attendre.

    Cependant un élément n’a pas été mis en lumière et a été passé sous silence par tous les experts. Ces partis d’opposition sont dirigés par trois femmes : Martine Aubry, Cécile Duflot et Marie-George Buffet. Trois femmes qui ont décidé de faire bloc face à la droite mais certains craignent qu’elles se vengent des années passées sous la botte politique masculine en contrant les hommes.

    La loi électorale française impose le principe « chabadabada », en souvenir de la chanson du film de Lelouch, un homme et une femme. Les deux sexes doivent obligatoirement alterner sur les listes pour promouvoir la parité et pourtant, le résultat a mis trois femmes à la tête des partis de gauche ; c’est un peu trop pour beaucoup de machos, pour ceux qui estiment que les épouses ne doivent pas entrer en politique parce qu’elles sont plus tenaces et plus efficaces que les hommes.

    A l’heure où ces femmes prenaient leur revanche, une autre, une rescapée de l’enfer nazi entrait, dans le monde réservé jusque là aux hommes, l’Académie Française, une juive qui n’a jamais renié ses racines et qui a toujours fait preuve de courage en politique et dans la vie. Simone Veil montre à présent le chemin à suivre à toutes celles qui ne veulent pas être uniquement des mères mais aussi des citoyennes.

    Les hommes ont intérêt à prendre de la graine même s’il leur en coûte d’avoir à reconnaitre les talents de ce qu’on nommait au XXème siècle : le sexe faible.

  2. vilars dit :

    Le vert et le rose vont durer jusqu’à la prochaine lessive, les couleurs déteindront, et l’entente cordiale, faite pour obtenir des sièges et non pour gouverner s’éteindra d’elle même.

  3. plumagil dit :

    Comme l’écrit fort justement « vilars » cette mayonnaise n’est qu’électorale coté PS.
    Pas contre coté Ecologistes la volonté de rassembler et de convaincre et bien réelle. Même si certaines envies perso ne manquerons pas de s’exprimer, globalement tous les acteurs sont d’accord pour oeuvrer pour un changement radical de fonctionnement de notre société ou les mots solidarité, justice, respect, équité, bien être, bien vivre… sont au coeur des débats.

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