Avec l’effondrement du MoDem et la claque reçue par l’UMP, la voix des centristes devient inaudible. Et s’ils ne voulaient plus parler?
On commence à le savoir. 53,64% des Français ne se sont pas rendus aux urnes dimanche 14 mars. Et ça pourrait être pire dimanche 21, puisqu’un sondage CSA pour Le Parisien-Aujourd’hui en France publié le 19 mars l’annonce autour de 55%. Raisons invoquées pour expliquer cette désaffection: la perte de légitimité de la classe politique, l’épuisement des dynamiques régionales, la mutation du vote sanction, le tout au bénéfice du FN.
C’est vrai, de prime abord, il existe une corrélation entre l’abstention et le vote d’extrême droite.Le nombre de non-votants à par exemple augmenté de 17 points en Alsace par rapport aux régionales de 2004. Mais aussi grimpé de 16,5 points en Aquitaine, et de 15,6 points en Bretagne, deux régions où le Front national ne brille pas par son score. Dans cette dernière région, l’UDF Bruno Joncour recueillait plus de 15% des suffrages il y a six ans. Rallié au MoDem, il ne totalise plus que 5,36%. Surtout, il perd deux tiers de ses électeurs en valeur absolue, et ceux-ci ne se reportent pas vers l’UMP. La façade ouest se serait-elle égarée dans une faille spatiotemporelle? Ou l’électorat traditionnel de centre droit s’est-il retrouvé sans représentation? (le centre droit: souvenez-vous, l’UDF, la cohabitation avec le RPR, Raymond Barre, la scission entre chiraquiens et balladuriens, François Léotard, François Bayrou.)
Béatrice Giblin, directrice de l’Institut français de géopolitique à l’université Paris-VIII, insiste sur les dangers des conclusions hâtives, estimant qu’il n’est «pas très pertinent de cartographier l’abstention dès lors qu’elle progresse de manière exponentielle et dans des proportions similaires dans la majorité des régions». A ses yeux, il existe une tendance beaucoup moins visible, mais beaucoup plus signifiante, celle de l’abstention de droite. «Dans le XVIe arrondissement, on constate que l’UMP dépasse la barre des 60%, mais surtout, que 55% des électeurs ne se sont pas rendus dans l’isoloir, relève-t-elle. Ce chiffre montre que l’abstentionnisme ne touche plus seulement les classes populaires. Si les scrutins intermédiaires sont rarement favorables au pouvoir en place, cette fuite est une vraie nouveauté, qui pose une question sur l’offre électorale.»
La droite morale laissée de côté
Cette question, Authueil l’évoque aussi, sur son blog, où il estime que «l’électorat de centre droit est en complète déshérence». Le blogueur, qui se range parmi ces «abstentionnistes volontaires», stigmatise l’hégémonie de l’UMP, qui a cannibalisé l’ancien UDF en vassalisant le Nouveau Centre. Pour lui, «il y a un trou béant, entre le MoDem et l’UMP», au milieu duquel erre l’électorat centriste. Celui-ci s’est lassé de l’outrance de Sarkozy, et sa composante la plus âgée – «le coeur de l’électorat de droite», selon le démographe Emmanuel Todd – ne se reconnaît plus dans l’oligarchie tempérée pratiquée par le gouvernement. En substance, la droite morale ne sait plus à quel saint se vouer. «Jusqu’ici, les caciques de l’UMP pensaient [l'électorat centriste] captif, rechignant devant le coté très «droitier» de l’UMP, mais votant quand même, poursuit-il. Ces régionales ont montré qu’il y avait un point de rupture, et qu’il avait été franchi.»
Depuis 15 ans, l’Union pour la démocratie française se désagrège à petit feu. «La force centriste, si on peut encore la nommer ainsi, est plombée par l’inertie, et je ne suis pas très optimiste pour l’avenir, regrette sous couvert d’anonymat une élue en fin de mandat. Il faut se rappeler qu’en 2002, l’UDF était opposée à la création de l’UMP. Regardez le résultat : sa voix est devenue soluble dans celle de la majorité.»
En lançant le débat sur l’identité nationale, en voulant tarir le Front national, l’UMP se retrouve au milieu du gué, sans réserve de voix. Désormais, la majorité a deux options: faire machine arrière ou forcer l’allure.
Olivier Tesquet
Photo: Alain Madelin et François Léotard à un meeting de l’UDF en 1996. / REUTERS, Robert Pratta















Serions nous de retour dans les errements de la 4eme république ? Je pense qu’il est grand temps de revoir l’actuelle constitution et de réformer le système. Les élections sont trop un moyen de prendre le pouvoir coute que coute.
Tout à fait d’accord avec vous, cordialement Edouard