On ne saurait trop recommander au président de la République de faire cesser au plus tôt le désagréable concert incantatoire donné chaque jour depuis six mois par la majorité sur les thèmes de la sécurité et de l’identité. De demander à son ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux qu’il ravale toutes ses promesses de durcissement de l’arsenal répressif — garde à vue ou victimes du troisième âge — inspirées à la hâte, sur la même période, par les faits divers que lui fournissait l’actualité. Enfin de procéder à la suppression pure et simple du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Développement solidaire, quitte, s’il le souhaite, à attribuer à son occupant actuel, Eric Besson, un autre poste au gouvernement.
Deux grands succès lepénistes
Car toute la bimbeloterie ainsi produite par les amis et les collaborateurs de Nicolas Sarkozy, les symboles, les images, les polémiques, les mots, mêmes, n’avaient pas d’autre but que de tenter de retenir à l’UMP des électeurs extrémistes, déroutés en 2007, qui risquaient, crise sociale et usure du quinquennat aidant, de retourner à leurs votes traditionnels en faveur du Front national. L’échec de cette stratégie est patent.
Si le FN a souffert, comme les autres partis, de l’abstention, il perd moins que les autres et retrouve des couleurs. Il va pouvoir se maintenir, au second tour, dans douze régions sur vingt-deux. Certes, c’est moins qu’en 2004, mais le premier tour offre quand même à la famille Le Pen des piédestaux qu’elle n’a pas eu depuis longtemps (20,3% en Paca pour Jean-Marie, le père, 18,35% pour sa fille, Marine, dans le Nord).
Sonder les raisons des électeurs concernés n’est pas des plus aisés. L’analyse est sûrement inquiétante. Soit ces Français, sensibles à tous les durcissements et hostiles à l’immigration, n’ont vu dans le feu d’artifice sécuritaire et identitaire lâché en rafales par le gouvernement qu’une gesticulation précipitée, surtout utilitaire. Soit il se trouve des concitoyens pour réagir exagérément à la haine et la peur provoquées, et pour trouver que, sur ces thèmes, les remèdes avancés sont encore trop doux. D’où leur retour dans le giron électoral du FN. Dans les deux cas, on est là aux limites d’un abject national.
Apprenti sorcier
Le président de la République se doit de calmer le jeu, et de ligaturer les phantasmes volontairement et fort imprudemment libérés. Sinon le risque démocratique va devenir trop grand. Nicolas Sarkozy est garant de la salubrité publique et de la paix civile. Il est le premier à qui il n’est pas permis de jouer les apprentis sorciers. Il doit réparer.
Le «coup» électoral a échoué, on devrait s’en réjouir? Non, c’est pire ainsi. Car le président ne peut espérer «contrôler» ces Français obsessionnels. Ils sont dans la nature, si l’on peut dire, avec leur ressentiment exacerbé, leurs peurs rendues à vif. En outre, notre ciel collectif se retrouve maintenant chargé de lourds nuages nauséeux, et on ne sait trop quel vent bienfaisant va bien pouvoir les en chasser.
Beaucoup de nos concitoyens ne savent plus que penser, sur des sujets désormais dégoupillés. Les chiffres officiels sont-ils vrais, sur les sans papiers, les femmes en burqa ou la délinquance? Nos enfants sont-ils des monstres? Tous les violeurs sont-ils réellement récidivistes? Notre civilisation est-elle en danger d’islamisation forcée?
Il y aurait urgence à convoquer des sortes d’Assises de l’apaisement général dont on confierait l’organisation, non à Eric Besson, bien sûr, mais aux moins passionnelles de nos figures consensuelles. Chantier délicat, long, sûrement. Il y en a pour des mois. Comme pour la crise économique, des années, peut-être.
Philippe Boggio
Image de une Jacky Naegelen/REUTERS














Excellent texte. Lire et relire Sigmunt Bauman à propos des politiques basées sur le capital-peur (voilà le résultat) ou encore Bernard Stiegler (Télécratie contre démocratie). La supercherie médiatique (non pas systématiquement des médias) du « puisqu’il le dit à la télé, c’est vrai » devrait également être méditée… ‘Arrêt sur image’ est un site beaucoup trop marginal. Ce type de décryptage devrait être constant et ouvertement pédagogique. L’avalanche de mensonges et de contre-vérité, d’approximations et d’effets d’annonce, comptabilisés par des associations de vigilance… La démocratie va très mal.
Il y a une troisième catégorie : les électeurs votant naturellement UMP et qui, attachés au respect des libertés individuelles, s’en sont détournés en raison de cette exagération sécuritaire.
Ces réactions ne sont elles pas excessives vu le faible taux de participation? On devrait y voir le peu d’intérêt pour ces élections régionales et le succès de la politique d’unification nationale menée depuis 1880 par les républicains;
Les langues locales ont disparu et même au plus profond du Cantal on s’intéresse plus à la politique nationale qu’à la vie de sa région.
C’est peut-être là qu’il faut voir l’origine de l’émergence du sentiment d’insécurité chez des populations qui n’y sont pas soumises. Depuis la Polynésie où les particularités locales priment et où l’uniformisation nationale n’a pas réussi à effacer l’intérêt des gens pour ce qui se passe locement et non nationalement, la vue du journal de Paris nous laisse le sentiment d’un Pays en quasi guerre civile tant les images sont sélectionnées pour faire peur et appuyer sur la corde sensible du voyeurisme des français.
Revoyez votre traitement de l’information. Et rééquilibrez le en faveur de nouvelles moins apocalyptiques. Le sentiment d’insécurité diminuera de lui-même. Mais, certes, ce sera moins vendeur.
En vous lisant j’ai l’impression de vivre en Allemagne en 1933… un peu plus de réalisme, un peu moins de haine antifrançaise ferait le plus grand bien.
Car ce sont bien ce genre d’outrances journalistiques qui nourrissent l’abstention des uns, et le vote extrême des autres.
A propos de vote extrême, pourquoi s’émeut-on toujours beaucoup plus en France des votes poujadistes que des votes trotskistes ? Je ne me souviens pas d’avoir entendu autant de cri d’orfraie lorsque le Besancenot triomphait…
« Beaucoup de nos concitoyens ne savent plus que penser, sur des sujets désormais dégoupillés ». Que je sache, la pensée est libre. C’est mon cas et ce ne semble pas être celui de l’auteur de la phrase qui se sent contraint par le sujet. Libre à chacun de penser que le thème a une valeur intrinsèque qui est sans relation avec le moment où il est évoqué. J’ai consacré quelques heures au sujet en lui-même et m’efforce de publier des aricles sur « Mon Figaro Select » pour préciser quelques uns de ses aspects. Parler d’une idéologie nationale n’est blasphématoire pour personne ! qu’il s’agisse de l’Amérique, de l’Europe, de la France !
Faire croire que depuis six mois la xénophobie d’état, les allusions et la façon de prétendre que le débat n’avait pas pour objet de stigmatiser et d’enfermer les débats dans le racisme.
C’est fait, et bien fait.
C’est plutôt interessant de voir comment le média a participé dans le silence a la mise en place d’une idéologie d’état qui ne fait aucun doute quant a l’objectif.
Maintenant, ce qui est important est que le net permet de conserver les actes et les maux, donc une bonne possiblité existante de conserver l’idéologie dans le temps et de permettre de l’expliquer a ces enfants.
Merci internet! Car je crois que cela amènera donc a justifier par la suite les réactions qui en découlerons.
Il sera difficile de nier dans le temps, donc l’important et ce qui manquait sur la question de l’histoire, permet de faire les liens entre les propos d’aujourd’hui et la pensée d’hier.
Alors, la rupture tranquille est en marche, nous constaterons ce que cela produira…..
Entierement d’accord avec Nevomadi
.Philippe Boggio verse dans le politiqement correct a l’unisson de la gauche caviar. L’incidence sur le vote frontiste du debat sur l’identite nationale est a mon avis nulle. Ce qui n’est nullement evoque’c'est, sujet tabou, l,eventualited’un rapprochement avec le FN pour eviter des triangulaires assasines. Oui pour le front republicain a gauche, absolument impensable a droite, Tout journaliste qui oserait le dire serait l’objet d’un lynchage mediatique massif.
PolInco
Un commentaire bien politiquement correct et une erreur manifeste d’analyse politique.
Le FN n’est pas remonté à la faveur du nécessaire débat sur l’identité nationale mais parce que les électeurs de droite ont été tout simplement écoeurés par la politique de Sarkozy qu’ils jugent à gauche alors que sa campagne avait été très à droite (RSA, explosion des déficits et des taxes, ouverture à gauche, propos conciliants sur la « diversité », atlantisme à outrance, etc.): les Français ont voté à gauche car ils ont préféré l’original à la copie et FN quand ils voulaient donner leur suffrage à un parti qui n’est pas suspecté de dérives gauchisantes, comme a pu le paraître l’UMP. Et ils se sont abstenus car depuis des années, UMP et PS, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
Quant au débat sur l’identité nationale, il est essentiel: ça fait 30 ans qu’il aurait dû avoir lieu. On n’a jamais demandé leur avis aux Français sur l’immigration et le Français de la rue (pas le politique vivant dans les quartiers huppés, ni le journaliste engoncé dans l’idéologie politiquement correcte) voit bien au quotidien que le cadre social de son existence a été bouleversé depuis les années 60 du fait de l’immigration (le journaliste n’a jamais dû prendre le RER E de sa vie: qu’il tente l’expérience une seule fois – on ne lui demande pas de le faire tous les jours comme des milliers de Franciliens – et il verra ce que ça fait d’être le seul Blanc du wagon à certaines heures).
On a éludé ce débat pendant des décennies et ça n’a pas empêché le FN de monter à chaque élection, jusqu’à, comme par hasard, que Sarkozy s’empare du thème en 2007. Taire les réalités et les problèmes ne les fait pas disparaître et exaspère les citoyens qui ont l’impression qu’on se moque d’eux. Et trafiquer l’histoire de France pour justifier l’immigration n’est pas non plus de nature à faire revenir les électeurs vers les partis plus modérés (l’immigration de masse est un phénomène récent, datant de la fin XIXe; la France, entre le VIe et le XIXe siècle, n’a jamais été une terre d’immigration: il suffit de regarder les statistiques sur les mariages, on se marie avec des gens vivant dans un périmètre de quelques kilomètres jusqu’au XXe siècle! Les étrangers qui vivent en France pendant cette période sont essentiellement des nobles et des intellectuels qui ont les moyens de voyager et vivre sans travailler, ils se comptent par centaines, certainement pas par milliers, je ne parle pas des commerçant s et des militaires, qui ne sont que de passage).
Tant que les politiques seront dans le déni de réalité et l’incantation, le FN gagnera du terrain. Ce qui est un moindre mal. Il vaut mieux que l’exaspération des citoyens s’exprime dans les urnes que dans les rues.
La droite a d’ailleurs perdu une belle occasion de couler le FN en 1986: il aurait suffit de donner trois ministères subalternes à trois personnalités frontistes pour qu’il arrive au FN la même chose qu’au PC après 1981 et 1997, lorsqu’il participa aux gouvernements PS; s’en suivit un effondrement électoral qui scella le sort du parti (pas possible de dire qu’on n’a pas participé à la chienlit et que c’est la faute des autres) et surtout de la dissidence (ceux qui ont été ministres sont plus au fait des réalités et du décalage de l’idéologie du parti avec celles-ci, et s’érigent en opposants, forts de leur légitimité ministérielle). Il a d’ailleurs suffi en 1998 que le RPR fasse quelques appels du pied à Mégret en vue d’hypothétiques alliances électorales pour provoquer immédiatement une scission du FN.
Mais évidemment si l’UMP fait alliance avec le FN, c’est la fin des temps chez les bien pensants. En revanche quand le PS s’allie avec le PC et l’extrême gauche dont l’idéologie n’est pas plus fréquentable que celle du FN (nostalgiques de l’URSS, du collectivisme, de la Chine de Mao, responsables rappelons-le de 100 millions de morts + goulag + Etat policier + répression + faillite économique généralisée), on parle de « gauche plurielle » ou de discipline républicaine… Cette logique bâtarde est un poison pour la démocratie. Malheureusement l’UMP n’a jamais cherché l’antidote.
Ni haine, ni peur, ni obsession, tout simplement un constat de la réalité : le FN est le seul parti à proposer une alternative à l’échec des politiques intégrationnistes appliquées par les gouvernements, de droite ou de gauche, qui se sont succédés à la tête de la France.
A part cela, j’approuve parfaitement le dernier paragraphe de l’article. Il y a, en France, deux poids et deux mesures entre, d’une part, le FN et, d’autre part, le PC et autres partis d’extrême-gauche. Qu’il s’appelle Hitler, Mao ou Staline, un criminel est un criminel.
je ne suis pas d’accord avec l’auteur de l’article.
La vérité dérangeante.est que
Nicolas Sarkozy n’a pas respecté ses promesses électorales.
On s’attendait à une rupture avec le système Chirac;dont l’infléchissement très net à gauche .Et voilà que notre Président nomme à tout va des personnalités de Gauche,et à une ou deux exceptions près ,fait une politique de gauche.
Une bonne partie de ses électeurs a donc été dupée.
Et l’on s’étonne ?