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PS-EE, un mariage de régions pour commencer

Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie) dans un meeting à Strasbourg, le 8 mars 2010. REUTERS/Vincent KesslerAlors qu’elle avait tout à redouter de la dispersion des listes, une nouvelle gauche est peut-être en train de se dessiner au soir du premier tour des élections régionales. Pour cela, elle doit désormais parvenir à fusionner les listes socialistes et ses alliés, écologistes en tête, pour le second tour, sans tomber dans ses travers habituels. Pas gagné, mais essentiel. Car le but réel n’est pas de réaliser le grand chelem sur l’ensemble des régions comme Martine Aubry l’a clamé — ce serait voir à très court terme — mais de préparer la prochaine échéance de 2012 avec la constitution d’une gauche unie, presque plurielle, condition sine qua non pour reconquérir le pouvoir. Et ne pas ancrer le PS dans une opposition strictement locale.

Pour les socialistes, la bonne nouvelle c’est que le bon score des écologistes ne s’est pas fait à son détriment. En 2004, ils avaient présenté des listes d’union dès le premier tour dans un grand nombre de régions, le syndrome du 21 avril 2002 étant encore présent dans toutes les têtes. En 2010, ils sont partis au front séparés pour en revenir plus fort tous les deux. Signe que l’abstention sanctionne clairement l’UMP. Avec plus de 50% des suffrages, la gauche parlementaire réalise un score historique, tandis que l’UMP et ses alliés sont coincés à quelque 28% sans réserve de voix.

«Valeurs communes»

Jean-Luc Mélenchon, un des leaders du Front de gauche qui distance largement le NPA de Besancenot dans leur guéguerre des gauches de la gauche, l’a dit avec ses mots durant la soirée électorale: «Ce soir, on a assisté à la fin du Modem, le PS ne nous cassera plus les pieds avec cette alliance». Il est vrai qu’avec ce seul scrutin, les rapports de force ont changé au sein de la gauche et la tentation d’une alliance avec François Bayrou s’éloigne à grands pas.

Du coup, c’est une espèce de gauche plurielle qui retrouve une raison d’être sur l’échiquier politique. Et cela fait peur, comme l’ont montré les déclarations de la soirée: la perspective d’un rapprochement PS et Europe Ecologie effraie l’UMP. Les ténors de la majorité n’ont cessé de marteler sur l’impossibilité de concilier les projets des deux partis dans toutes les régions entre les deux tours, Luc Chatel allant même jusqu’à parler de «compromission» pour y parvenir. Réponse du socialiste Harlem Désir, chargé de piloter les discussions avec les Verts: «Nous, nous avons des valeurs communes. Ce qui vous irrite à l’UMP, c’est que personne ne veut se rassembler avec vous, vous êtes seuls…».

Que va-t-il se passer concrètement? Les négociations se sont ouvertes officiellement dimanche soir dans chaque région et les différentes composantes de la gauche ont jusqu’à mardi pour aplanir leurs différences et monter des listes autour d’un projet commun. Dès le soir du premier tour, on sentait de tous côtés, une volonté d’aboutir, Martine Aubry en tête: «Nous sommes aujourd’hui premier parti de gauche, nous devons avoir la responsabilité de nous ouvrir à nos partenaires et effectivement de rassembler la gauche. Dès ce soir, nous allons y travailler pour confirmer ce succès dimanche prochain au second tour dans la clarté des engagements, et je le dis très clairement, dans le respect de chacun.» La première secrétaire du PS peut être d’autant plus magnanime que son parti reste en position de force dans les négociations et qu’elle semble en passe de gagner son pari de remettre les socialistes en ordre de vote.

Héritage douloureux de la «gauche plurielle»

Côté écologistes, c’est la même chanson. «Sur le sens général, notre projet est en opposition avec le projet porté par le gouvernement. Donc nous sommes capables de discuter avec nos partenaires de gauche d’un accord exigeant sur le contenu», a expliqué Cécile Duflot, tête de liste d’Europe Ecologie, sur le plateau France 2. Seul Daniel Cohn-Bendit laisse transparaître que les véritables enjeux vont au-delà de ce simple scrutin, que la réussite des négociations aujourd’hui laisse préfigurer les accords de demain.

Et demain, c’est 2012: «La manière dont nous pratiquerons le pouvoir ensemble et notre sens des responsabilités montreront ce qu’on sera capable de proposer en 2012.» Les écologistes veulent plus que jamais être traités d’égal à égal par le PS et non plus seulement en simple faire-valoir. D’ailleurs, Daniel Cohn-Bendit se dit déjà prêt à troquer la participation de ses amis à de vastes primaires à gauche contre une cinquantaine de députés afin de devenir, enfin, une vraie force politique, la troisième sur le papier dimanche soir. En cela, la gauche plurielle période Jospin a vécu et cet héritage reste douloureux.

L’UMP a l’art d’appuyer sur la difficulté d’allier des programmes parfois divergents car c’est là que ça peut faire mal. La victoire de dimanche est fragile et la fracture n’est jamais très loin. Les anciens Verts ne sont plus prêts aujourd’hui à céder à la realpolitik rose comme ils ont pu le faire dans le passé. Dans les régions, les projets de nouvelle centrale nucléaire, d’autoroutes ou de tracés de TGV pourraient faire le lit de la division.

Il faudra aussi suivre de près ce qui se passe en Ile-de-France. En effet, alors que le PS et les Verts ont gouverné la région de manière plutôt sereine depuis 2004, la campagne n’a pas été simple et les relations parfois houleuses entre socialistes et écolos de la mairie de Paris ont un peu déteint sur tout le monde. On a même vu les Verts s’allier avec l’UMP pour attaquer de front la socialiste Anne Hidalgo sur ses frais de campagne. Ambiance. Il faudra gommer tout ça.

Les ego rangés dans les slips

Pour autant, le PS n’est pas tout à fait maître de son destin, les mauvaises habitudes pouvant à tout moment reprendre le pas. Si Martine Aubry sort dimanche prochain probablement renforcée de ce scrutin, il est évident qu’elle a bénéficié d’une sorte de paix des braves, les ténors ayant rangé leurs divergences et leur ego dans leur slip pour l’occasion. Notamment Ségolène Royal qui a oublié ses petites phrases assassines pour se concentrer sur sa campagne poitevine. «C’est vrai qu’on a eu une paix royal durant la campagne, plaisantait une des ténors du parti avant le premier tour. Ça change tout, on a fait les choses très sereinement.»

Nul ne peut dire combien de temps cela durera. Avec un tel succès électoral, Martine Aubry peut envisager de se présenter aux primaires socialistes. Comme bon nombre de ses collègues (on pense à Royal, à DSK ou d’autres). Elle ne devra pas oublier que son parti a perdu près de 4 millions de voix par rapport à 2004, que François Hollande n’a jamais réussi à concrétiser certains bons scores du PS pour passer du statut de premier secrétaire à celui de présidentiable.

David Carzon

Photo: Daniel Cohn-Bendit (Europe Ecologie) dans un meeting à Strasbourg, le 8 mars 2010. REUTERS/Vincent Kessler

3 Réponses pour “PS-EE, un mariage de régions pour commencer”

  1. manstreamer dit :

    C’est bien beau tout ça! mais moi je suis écologiste de droite ,alors je sais plus trop pour qui voter au second tour.

  2. Alioune dit :

    En politique, la réussite est souvent le résultat d’une savante alchimie de plusieurs ingrédients parmi lesquels le charisme du candidat et sa capacité organisationnelle sont des atouts majeurs.

    Contrairement à ce que l’on croit, la lutte des tendances est un excellent moyen de faire émerger celui qui sera le plus fort. C’est le constat amer de Ségolène qui s’est révélée trop faible dans un combat qui l’a dépassé !

    Aujourd’hui, le vrai problème du PS c’est de n’avoir pas su faire émerger un présidentiable digne de ce nom capable de gérer les affaires du pays mais aussi capable de se jouer des mauvais coups et des cabales.

    D’une certaine manière, les Verts sont mieux préparés et aguerris (cf le cas Voynet) et si les primaires élargis se réalisent, rien ne dit que le candidat de la gauche ne sera pas issu d’un autre parti que le PS !

  3. mos0132 dit :

    étonnant ces articles sur des politicien sans parler de leur programme.
    les verts ne veulent pas du nucléaire, du tgv, des voitures etc….
    dans certaine région ils prônent de raser des foret entière pour une central au charbon et des panneau solaire,
    de promouvoir le vélo ou le cheval …..

    mais bizarrement rien de leur programme dans les articles.
    pourquoi?

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