Si ce soir vous avez regardé le reportage de Capital sur la guerre des régimes protéinés et qu’à 22h vous vous rendez compte que, nom d’une boulette, vous avez complètement raté la soirée électorale à la télé, voici en exclusivité un relive-bloguing de cette soirée pleine de… paroles.
19h20 — Ça commence mal. Sur France 3, visiblement, les caméramans s’emmerdent. Ils font des effets et filment le plafond avec des zooms qui ne sont pas sans rappeler 2001 l’Odyssée de l’espace.
19h22 — Peut-être une explication de ces plans philosophico-esthétisants. La CGT a posé un préavis de grève pour ce soir. Le présentateur, bon camarade, précise donc que l’équipe présente n’est composée que de non-grévistes.
19h30 — Toujours sur la 3, dans le fond, on voit des pages avec les têtes des envoyés spéciaux dans les différents QG. La présentation rappelle étrangement les navigateurs internet type Safari ou Chrome. Quand la télé s’inspire du Net, c’est toujours paradoxal. Sur les navigateurs, l’intérêt est que l’internaute peut visualiser les différentes pages pour en choisir une. Là, c’est l’animateur qui décide. Sinon, ces duplex dans les QG ressemble à des tests vocaux pour vérifier que les différents journalistes ont assez de voix pour couvrir le brouhaha général. On fait une exception pour la journaliste envoyée au Modem. Seule, perdue devant un fond orange et dans un silence d’outre-tombe, elle avoue timidement que «ce n’est pas l’ambiance des grands soirs ».
19h40 — Quand on passe de la 3 à TF1, c’est le choc. Trompettes et batteries pour afficher la carte de France des résultats. Pourtant, il n’est pas 20h. Ah bah non, effectivement, c’est la carte de 2004.
«52 % d’abstention, ce qui veut dire qu’un électeur sur deux n’a pas voté». Laurence Ferrari a donc bien eu son brevet des collèges.
19h43 — A TF1, ils ont trouvé la solution pour occuper le temps jusqu’à 20h: ils balancent des reportages sur Jean Ferrat. Tiens, sur la 2 aussi.
Sur la 3, on a pensé à tout, y compris le reportage sur le vote dans le village de Charron où la tempête a fait 3 morts. Quid d’un reportage sur le vote dans le village de naissance de Jean Ferrat ?
19h51 — Sur la 2, Laurent Delahousse donne les résultats du sport et finit par: «voilà pour l’essentiel de l’actualité de ce dimanche».
19h51 et trente secondes — BRICE TEINTURIER est là!! Parenthèse personnelle: j’adore Brice Teinturier. Son attitude gauche et timide. Il m’émeut. Mais ce soir, il parle fort, il a pris la confiance. Je suis fière de toi mon petit gars. (Sur la 2, pas de navigateur Internet mais ils ont mis des gens qui téléphonent en arrière-plan. Peut-on parier sur l’apparition de minitels pour 2012?).
Sur TF1, Laurence Ferrari tentent une nouvelle formulation: «52 % des Français ne se sont pas rendus dans les urnes». En même temps, ils auraient eu du mal. En tout cas, j’espère que tout le monde a bien glissé son bulletin dans l’isoloir.
Comment faire passer le temps jusqu’à 20h? Un moyen tout simple. Quand vous parlez de Jean-Marie Le Pen, il faut toujours donner son âge «Jean-Marie-Le-Pen-âgé-de-81-ans». Tiens, sur TF1 aussi, ils ont opté pour la présentation type Google Chrome. A noter que la plupart de leurs envoyés sont des jeunes avec des yeux clairement surdimensionnés. (N.B.: penser à se renseigner sur l’avancée de la fabrication des cyborg journalistes.)
20h15 — Jean-Marie Le Pen prend la parole avec une affiche «non à l’islamisme». On cherche encore le rapport avec les régionales.
Récapitulons. Sur TF1: Hollande, Cohn-Bendit, Besancenot, Mélenchon, Bertrand, De Sarnez, Rama Yade.
Sur la 2: Fabius, Chatel, Montebourg, Duflot, Dati, Valls.
Mais alors, il y a qui sur la 3? Dupont-Aignan, Karoutchi, Jean-Vincent Placé et d’autres inconnus. Le tout dans une ambiance d’une morosité complète. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est ma télé mais l’image me paraît plus terne que sur les autres chaînes. Quand soudainement, l’animateur est saisi d’une brusque inspiration et demande au candidat écolo: «Est-ce que le froid vous a empêché de faire campagne? Non mais sérieusement, c’est pas facile avec ce temps.» Mon dieu… Mais qu’est-ce qui lui a pris? Pendant que Jean-Vincent Placé regarde l’animateur de la 3 en se demandant visiblement si cette question est plutôt composée de lard ou de cochon.
Cohn-Bendit à qui Claire Chazal dit que François Fillon va prendre la parole, tranche: «il peut attendre pour une fois».
Comme souvent dans ce genre de débat, les politiques s’engueulent mais quand ils ont fini leurs tirades, ils sourient.
Discours de François Fillon qui nous fournit un magistral cours de rhétorique. En deux arguments, il va retourner la situation. Attention, on suit bien. Argument 1: les régions n’ont pas trouvé leur place. Donc la future réforme territoriale est indispensable. Ou comment transformer une tôle en validation de sa réforme. Incroyable tour de passe-passe rhétorique. Argument 2: on ne peut pas donner de signification nationale au scrutin à cause de l’abstention. Aristote applaudirait.
Discours de Martine Aubry: c’est une validation de l’action et des projets des chefs de région. Elle s’avance peut-être un peu là quand même. Elle enchaîne sur un discours très campagne présidentielle pour une société « douce et juste ». Dans quelques mois, elle nous fait répéter FRA-TER-NI-TE.
20h40 — que celui qui n’a pas encore dit «nous sommes à la mi-temps du match» lève la main.
20h45 — Marine Le Pen «chers amis, les Français sont de retour». Dans le fond, on entend un journaliste, sans doute coincé avec son micro, râler «ah mais c’est l’enfer là».
20h55 — François Bayrou attend pour parler, droit dans ses bottes avant de demander : « Quelqu’un sait si on est en direct sur une chaîne ou pas ? ». Ou comment le drame du Modem est résumé en une image et un son.
21h — C’est fini sur TF1. Place aux «Experts». On zappe sur la 2. On tombe pile pour entendre que Rachida Dati aimerait que le PS et les Verts cessent de pourrir la campagne avec des polémiques de caniveau.
21h15 — Attention. Frédéric Lefebvre va prendre la parole. Mais François Fillon a déjà rhétoriquement placé la barre tellement haut qu’on ne voit pas très bien ce qu’il va pouvoir rajouter. «L’abstention ça veut dire que la réforme des collectivités territoriales est nécessaire». Ah, bah pareil que François Fillon en effet. J’aimerais féliciter personnellement celui qui a trouvé cet argument.
Titiou Lecoq














Ceux qui ont regardé tard les résultats des élections régionales françaises à la télévision ont dû être heureux et satisfaits. On avait gagné ou du moins tout le monde avait gagné : la droite, la gauche, le centre, les indiens, les cow-boys. Comme au fan mini-club des maternelles, les protagonistes des élections s’étaient tous donnés un bon point puisque chacun avait ses raisons d’avoir gagné.
Mais, puisque l’UMP, les socialistes, le front national, les gauchistes et les écologistes étaient victorieux, il fallait désigner le perdant. Il était donc tout trouvé avec le parti des abstentionnistes qui émargeait à 52%. Les perdants ne pouvaient se trouver que parmi ceux qui n’avaient pas voté pour permettre à ceux qui avaient voté d’être vainqueurs. Ouf ! On l’a échappé belle d’autant plus qu’ils n’ont pas pu se présenter sur les plateaux de télévision et qu’ils n’étaient pas là pour se défendre. Ils auraient d’ailleurs brisé cette parfaite unanimité des politiques qui se pavanaient avec leurs mines réjouies. La défaite des absents était évidente puisqu’ils ne s’étaient pas dérangés parce qu’ils avaient préféré aller à la pêche ; les absents ont toujours tort.
Mais les téléspectateurs non avertis devaient s’accrocher fermement à leur fauteuil pour comprendre les explications tortueuses des vaincus qui ne l’étaient pas en fait parce que les vainqueurs n’osaient pas leur dire qu’ils étaient vaincus pour ne pas se glorifier d’être vainqueurs devant des vaincus qui pourtant se disaient vainqueurs. Si après ces débats, ils étaient encore encouragés à se présenter au bureau de vote au deuxième tour, c’est que vraiment les émissions de télévision de la journée du dimanche prochain auront été conçues pour les pousser à prendre l’air ou que les fleuves auront été temporairement vidés de leurs poissons par des politiques vicieux.
Chaque parti avait trouvé qu’il avait de toute façon mieux fait qu’à une certaine élection précédente, un certain dimanche noir, quitte à remonter dans le temps jusqu’à Henry IV s’il le fallait. S’il avait mieux fait que ce fameux dimanche lointain c’est qu’il avait donc gagné. La politique est ainsi faite qu’il y a toujours des gagnants et que seuls les malheureux citoyens sont les perdants inconscients. Le seul problème est qu’ils s’en rendent compte souvent longtemps après les élections, une fois que leur peau aura été tannée par les coups qui les rendront amnésiques jusqu’au prochain scrutin. On a gaaaaa…gné !
Excellent article !
« Laurence Ferrari a donc bien eu son brevet des collèges »
Et certains « journalistes » n’ontr toujours pas quitté la cour d’école et jouent à touche pipi
C’est rare que je commente mais ça y est on a touché le fond ? plus profond je meurs
Vous avez un partenariat avec 20 Minutes ? Avec TMC? Porno Info?
mon cher fredo, c’est justement ce type de commentaires que j’adore. les arguments idiots attirent forcément des commentaires ironiques et hier certains arguments entrainaient vraiment à la franche rigolade
« BRICE TEINTURIER est là!! Parenthèse personnelle: j’adore Brice Teinturier. »
Titiou déclare sa flamme en ligne à Brice Teinturier. Vague de suicides parmi les lecteurs de Slate.
La soirée électorale s’est finie à 21h15 chez vous ? Chez moi, ça dépendait des régions mais il y avait des éléments méritant tout autant d’attention jusqu’à minuit sur France3 …
Bien vu le coup de l’électeur qui se glisse dans l’urne… M’enfin, si JMLP peut « prendre la parole avec une affiche » tout est possible!
très bon article où l’on a pu voir le caractère navrant de nos politiques s’engueuler comme dans Astérix et Obélix. Il n’y a que eux à vouloir prendre les français pour des imbéciles et à ne pas admettre qu’ils ont perdu comme si on ne l’avait pas remarquer. (comme quand il ne fallait pas dire le mot « récession » il y a quelques mois)/
D’accord avec Florian,
Cette déclaration m’a transpercé le coeur…
Et pour Fredo, la critique à Laurence Ferrari, avec le ton naturel et spontané de notre rédactrice, m’a bien fait sourire, moi.
Mais si tu ne veux retenir que ça de ce très bon article, résumant à merveille cette archi-folle soirée électorale (non je déconne j’ai vite lâché, car justement j’espérais ce constat télévisuel), ne te gênes pas, personne ne t’écoutera…
Et, sinon, c’était en direct cet appel d’espoir désespérant de notre ami François B. ?
«L’abstention ça veut dire que la réforme des collectivités territoriales est nécessaire»
Pour une fois, c’est aussi mon analyse. Ne pas la partager c’est faire preuve de mauvaise fois.
Abstention car pas d’enjeu. Car la decentralisation n’est pas suffisament aboutit en France pour que l’electeur puisse ressentir un reel interet dans les elections regionales.
Florian et Nono : je suis touchée, je suis flattée. Mais Brice Teinturier c’est Brice Teinturier. C’est comme ça. Il y a des passions qui ne s’expliquent pas. (Et ça c’était une belle tautologie.) Malheureusement, j’ai bien peur qu’une autre femme ne lui ait déjà mis le grappin dessus. (Ce qui expliquerait peut-être sa brusque confiance en lui.)
Fredo : voire le commentaire d’Eric Calleau, je n’aurais pas mieux répondu. (A part que je me demande que ce que « touche pipi » et « Porno Info » viennent faire ici…)
Eric Calleau : Merci
Jali : sur la 3 ça a duré tard mais j’avais promis l’article pour le milieu de soirée.
Nono : Bayrou était en direct sur TF1. Il y a eu comme un malaise de le voir dans cette posture.
Le vrai curtis : je suis d’accord sur le fond. Il n’empêche que refuser de voir dans les résultats un vote sanction/déception, ne même pas en dire un mot était un tour de force.