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Ce qu’il faut retenir de ce 1er tour des régionales

La défaite de la participation

Tous les ingrédients pour une abstention massive étaient réunis et connus. Les derniers sondages, qui indiquaient que 50% du corps électoral pourrait ne pas se déplacer dans leurs bureaux de vote se sont confirmés; tout comme le long glissement de l’abstention lors des régionales (22,2% en 1986, 31,4% en 1992, 42% en 1998, le record; en 2004, première élection post 21 avril 2002, la participation a rebondi et l’abstention est revenue à 38% et 34% sur les deux tours). Ce chiffre de la participation, 52% selon les estimations de ce dimanche, doit largement relativiser la portée des résultats de ce 14 mars 2010.

La région est une entité mal connue. Les électeurs ne savent pas vraiment à quoi elle sert, ni même qui la dirige. Son rôle, bien que très concret et visible pour les habitants (les TER, certains équipements routiers, l’entretien des lycées, la coordination des politiques de soutien économique de la région, des financements culturels, etc.) reste paradoxalement méconnu. Autre handicap, elle est peu ou pas incarnée. Rien à voir avec l’élection d’un maire, d’un député ou du chef de l’Etat.

Peut-on en vouloir aux électeurs qui ont boudé les urnes ce dimanche et qui recommenceront peut-être dimanche prochain? Après tout, la réalité, c’est que les compétences des régions sont plutôt réduites par rapport à celles des départements, leurs budgets sont aussi beaucoup plus faibles que ceux des départements qui représentent pourtant l’échelon d’en dessous. Et elles seront chamboulées avec la réforme des collectivités territoriales de 2014.

Les politiques rejetteront la faute sur les médias, les médias sur les politiques: la qualité du débat n’a pas aidé les électeurs à s’intéresser au scrutin. Marquée par les «affaires» Soumaré et Frêche, la campagne sur les enjeux régionaux et sur la prochaine réforme territoriale n’a pas eu lieu. Elle ne s’est même pas véritablement déplacée sur le terrain national.

La claque pour l’UMP

Les listes de l’UMP, qui espéraient virer en tête à l’issue de ce premier tour, boivent le bouillon. Son résultat (26,5% des voix pour la Sofrès, 29% pour Opinion Way), est un des plus mauvais —sinon le plus mauvais— jamais obtenu pour la droite, inférieur aux 34,62% enregistrés en juin 2009, aux 34,47% des régionales de 2004 et aux 31,18% de la présidentielle 2007, pourtant les deux plus mauvais résultats enregistrés par la droite. En 2007, Nicolas Sarkozy, plus que son parti, avait largement réussi à mordre sur l’électorat populaire traditionnellement acquis à la gauche, voire au FN. En boudant les urnes, les électeurs de droite, visiblement déçus, ont remis en cause toute la stratégie de l’UMP, tournée vers la présidentielle et privée de réserves de voix au second tour. Pire pour le parti présidentiel, la crise économique mais aussi la tactique de mettre en avant les questions sécuritaire et de l’identité nationale ont favorisé le retour en force du FN.

Il est bien loin le temps où l’UDF, ce parti d’élus, équilibrait les rapports de force locaux. Ce n’est pas la myriade de micro-partis qui entourent l’UMP, (MPF, Nouveau centre, Parti Radical, Gauche moderne, etc.) qui permettra de constituer un appoint en vue des prochaines échéances.

La revanche socialiste et la question des alliances à gauche

Pour la première fois depuis 2004, la gauche (PS + Europe Ecologie + Front de gauche) détient un avantage substantiel sur la droite. En 2004, la gauche et les Verts unis avaient obtenu près de 37% des voix, contre 34% au total pour l’UMP et l’UDF. Cette fois, le PS et les écologistes présentaient des listes séparées au premier tour. La totalisation de leur voix, ajoutée à celle du Front du gauche, s’approche des 50%.

Pour les socialistes, le résultat de dimanche donne matière à espérer. Le camouflet des européennes (16,5%) est derrière eux: le parti de Martine Aubry retrouve des couleurs et se replace sans contestation possible en première position des mouvements d’opposition. Selon Sofres et Opinion Way, le PS obtient 30%. La première secrétaire du parti sort en position de force avec ce score mitterrandien.

Avec un résultat compris entre 12 et 13,5%, Europe Ecologie, pour la seconde fois de suite après les européennes (16,3%), s’impose sur la scène nationale comme la troisième force du pays et comme un allié de poids —qu’il conviendra de ménager dès ce soir, en vue de la composition des listes pour le second tour, mais aussi pour la présidentielle de 2012.

Cette configuration repose une nouvelle fois la question des alliances à gauche. Le MoDem de François Bayrou, avec 4% selon les estimations de la Sofres et d’Opinion Way, n’est plus l’associé incontournable que certains au PS envisageaient il y a encore quelques mois et notamment Ségolène Royal. Troisième homme de la présidentielle 2007, lourdement plombé par la campagne européenne (8,5%), Bayrou divise son parti et son score par deux à chaque nouvelle élection.

Pire pour le centriste, il est devancé par le Front de gauche (Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon allié au PCF), évalué à 6% des suffrages potentiels. Trop petit pour gêner le PS mais trop gros pour être laissé sur le bord de la route de 2012, le Front de gauche est la véritable surprise de ce premier tour. Attention tout de même pour la gauche à ne pas se laisser griser. La victoire de 2004 n’avait pas été transformée en 2007.

Le FN reste une force régionale

Enorme enjeu pour le FN, et au sein du FN. Avec ses 11,5% – 12% (OW, Sofres), le parti de Jean-Marie Le Pen, pour sa dernière campagne, conserve son pouvoir de nuisance. Il pourrait être présent dans une demi-douzaine voire une dizaine de régions le 21 mars (contre 17 en 2004). Le FN double son résultat des européennes (6,3 %), mais il fait un peu moins bien qu’au premier tour de 2004 (14,7%). L’influence du parti d’extrême droite ne progresse pas.

Le Front national devrait dépasser les 10% des voix nécessaire pour se maintenir en Provence-Alpes-Côte d’Azur (20% selon la Sofres), en Rhône-Alpes (14%), en Alsace, et  en Languedoc-Roussillon (12% Sofres). Le FN pourrait aussi être en position d’imposer une triangulaire dans le Nord-Pas-de-Calais, en Picardie, en Champagne-Ardenne, en Lorraine, en Alsace, en Haute-Normandie.

Quel sera le score de Marine Le Pen dans le Nord-Pas-de-Calais? La fille du vieux chef frontiste, promise à lui succéder, veut dépasser l’UMP. Un tel résultat réglerait définitivement la question de la succession.

Johan Hufnagel

4 Réponses pour “Ce qu’il faut retenir de ce 1er tour des régionales”

  1. Nicolas PELLERIN dit :

    Ce soir, j’aurais pu être un homme heureux. Heureux, car il existait enfin une petite chance pour que le débat avance dans la bonne direction. En effet, on aura beau tordre la réalité dans tous les sens, rien n’y fera, l’abstention est et restera la seule gagnante de ce premier tour. Elle a donc enfin gagné sa place au centre du débat.

    Hélas, trois fois hélas comme dirait l’autre, le bonheur est chose légère et déjà il s’enfuit. Déjà, la question est éludée, à peine arrivée au centre et aussitôt bottée en touche l’abstention. Déjà les uns y voient l’expression d’un ras le bol de la politique gouvernementale, les autres la justification de la réforme à venir. Pif, paf, le tour est joué, le problème réglé, circulez messieurs dames, il n’y a rien à voir.

    On peut s’interroger sur le pourquoi du comment d’un tel escamotage. Indéniablement, il y a là quelque chose à creuser. Cependant ce serait s’éloigner un peu trop du sujet. Je préfère de loin suivre la balle en touche et tenter de la remettre en jeu.

    Et pour se faire, commençons par rappeler aux uns et aux autres que la plaisanterie n’a que trop duré. Voilà des années que l’abstention aurait du retenir leur attention. C’est un phénomène récurrent. Même si le taux varie quelque peu, je le concède, au gré des élections, accordons nous sur l’essentiel: elle est bien trop élevée, depuis des années. Dès lors, il est stupide, absurde, de vouloir l’expliquer par des causes conjoncturelles. C’est un peu comme dire à Monsieur Dupont, dépressif depuis 3 ans, que son mal-être est du à la météo pluvieuse des deux dernières semaines.

    Alors, prenons le temps de nous y attarder. Tirons en les conséquences qui s’imposent et en premier lieu les conséquences médiatiques. En effet, la place des médias est fondamentale dans nos démocraties qu’on le veuille ou non ils sont au coeur de celles-ci, entre le peuple et ses dirigeants.
    Dès lors, il est de leur devoir de prendre un peu de recul et de mettre fin aux « analyses bidons » , si brillantes soient elles, qui, dans le cas qui nous préoccupe facilite l’escamotage du véritable problème.

    An nom de quoi puis-je me permettre un tel jugement ? Qui suis-je pour oser parler « d’analyses bidons » ? Un citoyen comme les autres et qui entend justement prendre un peu de recul. A ce titre, je me fais fort de démontrer que je n’affirme pas cela gratuitement ni pour le seul plaisir de choquer la bienséance de mes éventuels lecteurs.

    J’estime que la plupart des analyses post élections de ces dernières années sont bidons non pas qu’elles soient le fait d’incompétents, mais bien parce qu’elles reposent sur des statistiques inappropriées. Inappropriées précisément parce qu’elles ignorent l’abstention.
    A partir du moment où l’on ne retient que le pourcentage des votants et qu’on le compare à celui des élections précédentes on falsifie la présentation du résultat des élections et son analyse, c’est bête comme chou.

    Illustration pour ceux qui ne seraient pas convaincus: imaginons que lors d’une élection en 2004 M. X arrive en tête et obtienne 40% des voix avec une abstention de 20% et qu’en 2010 toujours en tête, il obtienne 42% des voix avec une abstention de 30%. On nous présentera le beau succès de M. X qui progresse de 2% et la progression de l’abstention. Quelques jours, semaines, plus tard les analystes ne retiendront plus que la belle victoire et la progression de M.X et son parti…
    Or, il s’agit bel et bien d’une erreur car en fait, en 2004, M. X rassemblait 32% des électeurs (40% de 80% des électeurs puisque 20% se sont abstenus), en 2010 il n’en rassemble plus que 29,4% (42% de 70%des électeurs puisque 30% se sont abstenus). Par conséquent la situation change du tout au tout: M.X est certes vainqueur, mais en net recul et le « parti » qui remporte les élections, c’est bel et bien l’abstention avec 30% des électeurs…Dès lors, il semblera peut-être plus important à nos analystes d’épiloguer sur l’abstention, ou sur le recul de M.X que sur sa victoire.

    Pour en revenir à la réalité, j’espère vous avoir convaincu que ce qui devrait tous nous préoccuper dès demain c’est cette abstention massive. Aussi, plutôt que de s’interroger sur le pourquoi de sa progression ou même sur ses fluctuations selon le type d’élection (questions par ailleurs tout à fait pertinentes), commençons par le commencement, pourquoi l’abstention est-elle si forte depuis des années ? Et surtout comment marginaliser le phénomène ?

    Et de grâce, évitons les réponses à l’emporte pièce, du genre rendre le vote obligatoire car ce n’est pas en cachant les symptômes que l’on guérira le malade. L’aspirine peut faire passer les maux de tête, pas la tumeur qui les cause. Notre démocratie est malade, il est temps de la sauver avant qu’elle n’agonise…

  2. Sorwell dit :

    Sur l’abstention : oui, certes, les régions sont mal connues etc.
    Mais surtout : avez-vous suivi la campagne ? Le niveau affligeant des participations de nos dirigeants ? Untel dit ça de machin, auquel bidule répond chose, pendant que truc s’enflamme contre machin etc etc… Affaire Soumaré, affaire Frêche, etc etc…
    Non mais est-ce qu’à un moment on a entendu parler de politique ? Moi pas. Pourtant je ne regarde pas NRJ12 et ne lis pas Gala.
    Ah si, à un moment on m’a distribué un tract Europe Écologie.

    Je ne suis pas dans un esprit « tous des cons, tous pourris », mais on arrive à un niveau zéro du débat politique. C’est pas nouveau, mais ça prend des dimensions terribles,

  3. Sorwell dit :

    (…) ça prend des dimensions terribles (peut-être aussi à cause de facebook ou twitter ?) Tout l’espace public, quasiment, est occupé par ces inepties. Je me fous de savoir ce que pense untel de bidule et ce qu’a dit machin à propos de l’affaire truc. Je m’en fous complètement.
    À un moment, il faudrait aussi que nos hommes politiques créent un désir d’aller voter pour eux, et l’attitude cour de récré est tout sauf motivante…

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