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Les moments-clé de la campagne en Ile-de-France

Avant d’aller voter dimanche, un petit résumé de ce qui s’est passé dans la région. Pour ceux qui n’ont pas suivi la campagne et les autres plus assidus…

Valérie Pécresse, une débâcle annoncée mais inattendue

Les sondages passent comme autant de claques pour la candidate UMP. Le dernier publié indique que Jean-Paul Huchon gagnerait avec 58% des votes, contre 42% pour Valérie Pécresse. Au premier tour, la ministre de l’Enseignement supérieur ne devancerait son adversaire socialiste que de 3 points (30% contre 27%). Tout semble prédire un naufrage pour la droite. Il y a quelques mois, pourtant, l’UMP envoyait quatre membres du gouvernement au front (Valérie Pécresse, Rama Yade, Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet), convaincue que la victoire était possible.

L’Ile-de-France est en effet loin d’être un bastion de la gauche. En 2004, Jean-Paul Huchon était élu sans la majorité absolue (49,16% des voix). Son adversaire UMP, Jean-François Copé, récoltait 40,72% des suffrages et devait sans doute sa défaite au maintien au second tour pour le Front national de Marine Le Pen (10,11%). Même scénario lors des européennes de 2009: malgré la percée d’Europe Ecologie, la gauche obtenait seulement 44,2% des voix (en comptant le NPA), quand la droite recueillait 42,4% (avec le FN). Enfin, lors du second tour des présidentielles en 2007, Nicolas Sarkozy était en tête en Ile-de-France avec 52,49% des votes.
Les espoirs de la droite étaient donc fondés. La défaite annoncée, si elle se confirme, en sera d’autant plus difficile à digérer. Surtout pour Valérie Pécresse, qui aura tout raté dans cette campagne. Incapable de rassembler son propre camp, au point d’être convoqué par Nicolas Sarkozy à l’Elysée, elle n’a pas réussi à démonter le bilan de Jean-Paul Huchon, pourtant pas très excitant (notamment en matière de transport), ni à convaincre par ses propositions (pas sûr que les Franciliens aient compris à quoi correspond exactement le projet de loi du Grand Paris). Le 22 mars, lendemain de second tour, s’annonce bien triste pour la candidate UMP.

Karoutchi-Pécresse, la primaire assassine

Le duel interne à l’UMP, organisé l’an dernier, a plombé la ministre de l’Enseignement supérieur. Accusé de faire le service minimum depuis le début de la campagne, Roger Karoutchi s’est mollement défendu. Devenir président de la région Ile-de-France, c’était son rêve. Le tôlier de l’UMP au conseil régional (où il siège depuis 1992) n’a pas digéré de se faire doubler par Valérie Pécresse, pourtant pas très assidue à l’assemblée francilienne. Karoutchi avait déjà (mal) vécu la situation en 2004, quand il avait vu débarquer Jean-François Copé sur sa route. Cette fois, il n’a rien fait pour aider sa meilleure ennemie, qu’il juge (en privé) peu compétente.
Symbole de la bonne ambiance au sein de la droite francilienne, une plainte pour «diffamation» a été déposée par le directeur de campagne de Valérie Pécresse contre le site d’échos politiques lesindiscrets.com accusé de lancer de fausses informations sur Valérie Pécresse. Or la société éditrice des indiscrets.com, The Politic Family, est détenue à 30% par David-Xavier Weiss, conseiller municipal à Levallois, secrétaire national de l’UMP aux transports et… plus proche collaborateur de Roger Karoutchi.
L’enjeu de cette guerre fratricide? La présidence du groupe UMP au conseil régional, que Roger Karouthi redoute de se faire chiper par Valérie Pécresse, malgré sa probable défaite.

L’affaire Ali Soumaré

Trois personnes se sont partagées la vedette jeudi 11 mars au meeting du PS au Cirque d’Hiver: Jean-Paul Huchon, Martine Aubry et Ali Soumaré. Ce dernier n’a même pas eu besoin de parler. A chaque fois que quelqu’un prononçait le prénom « Ali » un tonnerre d’acclamations emplissait la salle. Parmi les seconds couteaux de la campagne, il est l’incontestable gagnant. Il a atteint une popularité et une renommée sans aucun rapport avec ses états de service. Et tout cela grâce à la droite. En l’accusant de délits qu’il n’avait pas commis, en fouillant son prétendu casier judiciaire alors que c’est illégal, sur fond de racisme et d’ambitions personnelles, la droite du Val d’Oise, et en premier lieu Francis Delattre, à l’origine de l’affaire, s’est ridiculisée. A tel point que le maire de Franconville a dû s’excuser, tandis que Valérie Pécresse condamnait ces propos. Par cette polémique, la candidate UMP a perdu la bataille de la diversité et de la respectabilité. Tous les coups sont permis, pas certain que cela plaise aux électeurs.

Le désintérêt des électeurs et des sondages favorables à la gauche

Difficile de se passionner pour les régionales quand le scrutin n’est finalement pas si simple que cela à comprendre, sans parler des compétences véritables de la région et de son budget, peu élevé. Dans toute la France, on signale un record probable d’abstention dès le premier tour. Le dernier sondage Ifop prédit un taux d’abstention de 47% au premier tour, soit huit points de plus qu’au premier tour en 2004 (39,2%) dans l’ensemble de la France. En 2004, en Ile de France, l’abstention était de 38,83% au premier tour et de 34,7% au deuxième tour. L’absence de suspense relatif joue en défaveur de l’élection de 2010. Depuis le début de la campagne, les sondages sont très favorables à la gauche. Jean-Paul Huchon a toujours été donné gagnant face à Valérie Pécresse au deuxième tour, parfois largement, et il la talonnerait même maintenant au premier tour. Ces sondages favorables ont permis au PS d’être confiant et donc d’apparaître uni et sûr de lui, tout le contraire de l’UMP.

Europe Ecologie et les sondages

Remettons l’élection régionale dans son contexte. En 2004, les Verts étaient associés à Jean-Paul Huchon dès le premier tour. En 2007, pour la présidentielle, Dominique Voynet avait obtenu 1,57% des voix au premier tour, en Ile de France. Aujourd’hui, en se présentant seuls, Europe Ecologie et sa tête de liste Cécile Duflot sont crédités de 17% des intentions de vote. Quel que soit le résultat, même s’il est un peu inférieur aux sondages, la progression des Verts sur le moyen terme est très importante. Alors, c’est vrai, Cécile Duflot, fin 2009, talonnait Jean-Paul Huchon dans les sondages, au point que certains ont imaginé Europe Ecologie en leader de la gauche au deuxième tour. Puis, Huchon a commencé à monter petit à petit dans les sondages, tandis que Duflot baissait avant de remonter. La leader des Verts n’a jamais vraiment -voulu?- emballé la campagne. Certes, en 2009, pour les élections européennes, EE avait obtenu 20,86% des voix soit sept point de plus que la liste conduite par Harlem Désir. Mais c’était une élection européenne, dématérialisée donc des enjeux locaux, il y avait la dynamique Cohn-Bendit et c’était le moment où les divisions étaient les plus fortes au Parti socialiste.

Il sera tout de même intéressant d’analyser le score d’Europe Ecologie à Paris. Aux élections européennes, EE avait obtenu 27,46% des voix, et le PS seulement 14,69%. Il y a une bataille locale entre Robert Lion, le président de Greenpeace et Anne Hidalgo, la première-adjointe PS à la mairie de Paris. Cette dernière a été suractive lors de cette campagne et particulièrement mise en avant par Huchon et Delanoë, jamais loin. Si jamais elle arrivait derrière Europe Ecologie, cela serait problématique pour elle en vue des accords futurs au conseil régional mais surtout pour les prochains rapports de force tendus pour la succession de Bertrand Delanoë à la tête de la mairie de Paris.

L’incapacité des petits partis à faire entendre leur voix

Mais où est passé le NPA Besancenot? Mais si, vous savez, le parti de ce facteur de Neuilly avec un look sympathique qui a refusé de s’allier au premier tour avec les autres formations d’extrême gauche. Le gendre idéal avait obtenu 4,08% des suffrages à la présidentielle de 2007 au premier tour (un peu moins en IDF avec 3,17%). Alors qu’au début de la crise économique on lui prédisait à lui et à son nouveau parti le NPA un avenir radieux, le contraire est en train de se produire. Crédité de seulement 2% des intentions de vote, ce parti risque de vouloir oublier les régionales 2010. Cependant, en Ile de France, Besancenot compte tout de même sur un bon score. Après un début poussif, l’espoir renait. Un dernier sondage Ifop le donne même à 6%. Même problème pour le FN de l’autre côté de l’échiquier politique. Selon le dernier sondage, le FN ne récolterait que 4% des voix, loin des 12,26% du premier tour en 2004 en IDF. Il perdrait donc son groupe au conseil régional.

Le match dans le match: MoDem contre Front de gauche

C’est un duel qui passe inaperçu dans un campagne «tripolarisée» (la bataille PS-UMP-Europe Ecologie), mais qui compte d’un point de vue politique. Pour le MoDem et le Front de Gauche, le principal enjeu de l’élection est d’être devant l’autre au premier tour. Il déterminera le socle d’une future majorité régionale, un peu plus à gauche (PS-Europe Ecologie-Front de gauche) ou un peu plus au centre (PS-Europe Ecologie-MoDem). D’après les sondages, c’est pour l’instant l’option Front de gauche qui tient la corde.
Néanmoins, Jean-Paul Huchon n’a jamais repoussé clairement une éventuelle alliance avec le MoDem -on l’a même senti séduit par le discours d’Alain Dolium, le candidat centriste, lors de certains débats. D’autant plus que le groupe MoDem au conseil régional fait les yeux doux au président sortant depuis plusieurs mois, tout en s’opposant frontalement à Valérie Précresse. Lors de son dernier meeting, Alain Dolium, qui indique avoir voté Ségolène Royal au deuxième tour en 2007, a d’ailleurs soigneusement évité de s’en prendre au PS. L’Ile-de-France pourrait ainsi préfigurer une nouvelle majorité nationale, avec deux pivots (PS et Europe Ecologie) et deux alliés (Front de Gauche et Modem).

A condition bien sûr que le Front de Gauche accepte cette nouvelle donne. Le mouvement, emmené dans la région par Pierre Laurent, refuse pour le moment toute collaboration avec le MoDem. Mais il pourrait être forcé de réviser sa position s’il est devancé au premier tour par le parti orange.

Quentin Girard et Jérôme Leffiliâtre

1 réponse pour “Les moments-clé de la campagne en Ile-de-France”

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