Des deux régions qui sont restées à la droite, en 2004, la Corse est un peu l’oubliée de cette campagne électorale. Il n’y en a que pour l’autre, l’Alsace.
L’Ile de Beauté attire moins, et pas seulement parce qu’il y neige, cette année. Peu de visites des dirigeants parisiens des grands partis. Peu de reportages télévisés. Il a fallu que Nicolas Sarkozy se dévoue, au nom de la majorité, qu’il aille en personne, le 2 février, détailler sur place quelques mannes financières à l’adresse de la région, et soutenir le moral de son camp, pour que la Corse n’apparaisse pas tout à fait comme l’un de ces DOM lointains, devenus des inconnus pour les électeurs de l’Hexagone.
Une gauche à géométrie variable
Deux sondages, seulement, à quelques semaines de distance, et une cause apparemment entendue: victoire de la gauche annoncée. En Alsace, une perspective identique a fouetté la curiosité nationale (avant, il est vrai qu’un autre sondage n’évoque le maintien à droite de cette région). En Corse, la même probabilité de basculement renvoie un peu plus les insulaires à leur solitude hivernale. Calfeutrés «au village» ou dans leurs deux petites capitales, Ajaccio et Bastia, ceux-ci ont tout loisir d’exprimer leur perplexité, loin des oreilles indiscrètes. Car, en 2004, déjà, la gauche était sortie du second tour majoritaire en voix. Plus de 50% des suffrages exprimés. Mais comme le PS, les radicaux de gauche, le PCF, les autonomistes modérés et les nombreux «divers gauche» n’avaient pas su réaliser leur unité électorale avant ce second tour, la droite, mieux rassemblée, avait pu conserver l’exécutif territorial.
La gauche en Corse a toujours présenté trop de particularismes, une géométrie trop variable, malmenée qu’elle est, à l’une de ses extrémités, par des nationalistes versatiles, à l’autre, par des radicaux notabilisés. Elle s’émiette entre les baronnies, les dynasties familiales et des «fiefs» qui seraient jugés microscopiques, ailleurs. En 2004, en plus des «grandes» listes, une demi-douzaine de listes de circonstance ou de dissidence avaient concouru au premier tour, qui ont ensuite compliqué à loisir les alliances possibles.
C’est ce qui explique la prudence des instituts de sondage, pour ces élections-ci. En 2010, l’opposition paraît à première vue moins dispersée. Les écologistes mis à part, traditionnellement sous-représentés dans l’Ile de Beauté, les différentes composantes nationales sont engagées dans ce scrutin. Le Parti socialiste, derrière Paul Giacobbi, député PRG apparenté et président du conseil général de Haute-Corse; les radicaux de gauche d’Emile Zuccarelli, le maire de Bastia; le Front de gauche, avec pour tête de liste Dominique Bucchini, figure historique du PCF dans l’île. Les nationalistes, eux, se répartissent entre deux listes, Femu a Corsica (modérée) et Corsica Libera, emmenée par Jean-Guy Talamoni.
Ces éclaircissements relatifs n’en ont pas moins contraint les instituts de sondage à évoquer différentes hypothèses, en fonction des principales alliances possibles, au second tour –ce qui n’en exclut pas d’autres, non testées. Pour Opinion Way (Le Figaro, LCI et Corse-Matin), la gauche serait victorieuse dans trois cas de figure.
1) Le PS avec le PRG et des divers gauche: 32% des suffrages, contre 29% à l’UMP.
2) PS, divers gauche et les autonomistes de Femu a Corsica: 41%, contre 33% à l’UMP, 12% au PRG, 14% au Front de gauche.
3) Toute la gauche unie, mais sans les nationalistes, soit le PS, le PRG, les divers gauche et le Front de gauche: 45%, contre 33% à l’UMP et 22% pour les listes autonomistes.
Devant une telle constante de succès, et si le scrutin le confirme, deux groupes, au moins, vont devoir s’interroger sur l’intérêt d’une entente avec un Parti socialiste donné pour plus hégémonique que lors des élections précédentes. Pour des raisons idéologiquement différentes mais politiquement voisines, le Front de gauche et les nationalistes n’ont peut-être pas intérêt à se lier les mains dans l’exécutif territorial. A voir les chiffres des projections, très honorables pour le Front de gauche comme pour les formations nationalistes, une prime est en effet actuellement donnée aux mouvements les plus engagés dans une critique frontale de la situation économique et sociale.
Impatience économique
Pendant la crise, la Corse souffre davantage que bien des régions. L’emploi fait défaut, et ses jeunes doivent s’exiler en plus grand nombre. Depuis le début de la décennie, la critique sociale tend à supplanter l’ancestral débat sur le statut identitaire et administratif de l’île. On l’a vu en 2003, lors du référendum sur la réforme des institutions corses, qui a prolongé «le processus de Matignon», sous le gouvernement Jospin. En le rejetant, avec un fort taux de participation, la population insulaire a surtout voulu témoigner de son impatience économique et de ses problèmes de niveau de vie. C’est bien ce qu’a compris le président de la République, lors de son dernier séjour dans l’île. Pour soutenir l’UMP, il n’a pas trouvé mieux que de promettre de nouveaux investissements financiers à des électeurs inquiets. Même s’il l’a fait de manière fort militante, ses adversaires dans l’île diraient: fort électoraliste, la bonne nouvelle a été entendue.
Philippe Boggio
Photo: Bastia / http2007 via Flickr















Monsireur Boggio, vus semblez dire que les corses pratiquent une forme de léthargie hivernale : on annonce une participation à 57%… CQFD
Gens des médias, arrêtez de pratiquer de la caricature si pratique pour mieux vendre !
participation à 57% et remplissage d’urne par nos cher dirigeants, la moitié des villages de Corse sont en zone desertique et la plupart des maires remplissent les urnes à leur manière, Beaucoup de personne on leur résidence principale dans des petits villages pour payer moins d’impots puis ensuite impose leur choix à la communautée qui vie dans ces mêmes village toute l’année. C’est généralement un double échange un bonus pour le maire qui peut gerer ses votes et convervé son fief … et plus loin le transmettre à ses enfants… La Corse c’est chouette vive l’état de droit. L’île de côté tres bon titre et félicitation pour ce billet.