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Le PS doit enfin remporter une victoire «utile»

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Les régionales vont-elles faire de Martine Aubry la rivale de Nicolas Sarkozy?

Les élections pour le renouvellement des conseils régionaux des 14 et 21 mars marqueront, de la part des Français, tout l’indique, un vote de protestation. Les enquêtes d’opinion, publiées  au cours des derniers jours montrent même une amplification de cette volonté de protestation. Elle devrait se marquer par un succès des oppositions et des difficultés pour le parti majoritaire.

L’UMP espère toutefois garder l’Alsace qui, avec la Corse, était la seule autre région à avoir été conservée par la droite lors du précédent scrutin de 2004. Il est vrai qu’il est toujours hasardeux d’anticiper sur les résultats d’un vote: les sondages ne sont jamais prédictifs et il arrive qu’ils soient démentis.

Une non-campagne

A ce stade, constatons que nous avons assisté à une non-campagne et à une anti-campagne. Non-campagne, car le sujet qui aurait dû faire l’objet d’un débat a été, pour ainsi dire, passé sous silence. Les élus des 14 et 21 mars ne le seront que pour 4 ans, car ils sont appelés à disparaître pour être remplacés par des conseillers territoriaux; à la faveur d’une réforme de l’organisation et des compétences territoriales, marquée également par la suppression de la taxe professionnelle. Il y a bien eu, de la part de l’opposition, un procès en recentralisation du territoire instruit à la faveur de la suppression de la taxe professionnelle. Mais pas vraiment de débat sur les futures compétences des régions. C’est dommage.

Comme il est dommage que la campagne électorale ait laissé trop de place à des dérapages de tous ordres et à des attaques personnelles diverses et variées. Qu’il s’agisse des polémiques qui ont entouré les déclarations de Georges Frêche, ou bien encore des «vraies fausses» révélations sur Ali Soumaré, candidat PS en Ile-de-France, en passant par les commentaires inélégants adressés à Valérie Pécresse dans cette même région.

Ces sorties de route sont la plupart du temps contre-productives (l’affaire Soumaré s’est largement retournée contre ses initiateurs UMP); elles rabaissent et surtout elles sont stupides car, dans un scrutin où le principal problème est celui de la participation –on s’attend à une abstention record-, les attaques basses sont le plus sûr moyen de démobiliser, voire de décourager, les électeurs de se rendre aux urnes.

Un scrutin local, un enjeu national

Comme toujours dans un scrutin régional, l’aspect national est présent. Non pas qu’il y ait eu un thème national qui ait structuré la campagne (cela aurait pu être le cas, par exemple, de la réforme des retraites), mais il y a eu manifestation d’un courant national qui est porteur pour les oppositions, et fortement contraire pour ceux qui se réclament du président de la République. Mais il est clair que, une fois les présidents de régions désignés, nous entrerons dans le temps de la préparation de l’élection présidentielle. Deux questions vont alors se poser. Pour le président de la République: que faire? Pour le Parti socialiste: comment y arriver?

Pour Nicolas Sarkozy, il s’agit d’un moment délicat. Les Français vont observer à la loupe la façon dont il réagira au message qu’ils lui auront adressé. L’a-t-il bien entendu? Comment compte-t-il l’intégrer dans ses préoccupations? Etc… D’entrée, le président a écarté un changement de gouvernement. Pour qu’un changement soit significatif en effet, il faut changer de Premier ministre. Or, la situation actuelle ne le lui permet guère, compte tenu de la popularité de François Fillon et de son rôle de stabilisateur au sein de la droite. Qui plus est, il serait dangereux, pour le président, de faire porter le chapeau d’une défaite au Premier ministre, alors que lui-même se décrit toujours comme étant aux avant-postes.

Nicolas Sarkozy a toutefois donné des indications sur la façon dont il compte organiser le calendrier. L’année 2010 serait donc occupée par deux réformes majeures: la retraite et la justice. Puis à partir de 2011, il promet le calme et l’apaisement. Ce sera alors, à ses yeux, le temps de la mise en valeur des réformes, de leur évaluation, de leur éventuelle correction. Et ce sera surtout, en 2011, l’année de la présidence française du G20, terrain présidentiel par excellence. Nous serons alors engagés dans le compte à rebours nous séparant du scrutin présidentiel sans que soit, à ce stade, résolu le problème de son dispositif politique. Sa doctrine, celle du parti unique de la droite, et s’il le peut évidemment du candidat unique, repose sur la dynamique qui serait créée par un bon score du premier tour. Encore faut-il faire un bon score au premier tour. Et cette dynamique, qui est supposée s’enclencher –on aura un premier terrain d’essai aux régionales-, peut être contrariée par l’absence au second tour de réserves de voix, faute d’alliés.

Que faire à Solférino?

Du côté de Solférino, malgré la réalité d’une victoire –si elle se confirme-, les questions touchant aux programmes et aux alliances restent en chantier. Le PS a déjà gagné nombre de scrutins locaux, cantonaux, régionaux sans que aucune de ses victoires ne le conduise à un succès national. Le risque est donc, pour le PS, d’être confronté à une victoire inutile dans la perspective de l’élection présidentielle. Les questions pendantes sont en effet toujours là. Comment donner crédit à un projet présidentiel? Comment aller au-delà des simples mots d’ordre de conservation –«les régions boucliers»- qui ont permis le succès aux régionales, et structurer les propositions d’un candidat à l’élection présidentielle? Quelle place accorder à la gauche de la gauche dans ce programme? Quelle place accorder au credo des écologistes qui, sur certains points stratégiques, peuvent  être éloignés de la doctrine socialiste?

C’est donc toute la question des alliances qui est posée. Et notamment de l’alliance, potentiellement majoritaire en France, des socialistes et des verts. Ces derniers devraient apparaître, au soir des régionales, comme le troisième parti de France. De quel prix, en termes de place et en termes programmatiques feront-ils payer cette alliance aux socialistes? A dire vrai, la seule question qui est vraiment avancée est celle du leadership. Au soir des régionales, si ces élections sont largement victorieuses, Martine Aubry apparaîtra comme «en situation» de briguer pour elle-même la candidature du PS à l’élection présidentielle.

Jean-Marie Colombani

Photo: Martine Aubry et Xavier Bertrand à Lille le 21 février 2010 / REUTERS/Farid Alouache

1 réponse pour “Le PS doit enfin remporter une victoire «utile»”

  1. BenJ dit :

    DSK va « régler » tout le monde en 2012. La France a besoin de quelqu’un qui mette de l’ordre après ce tumulte incessant et improductif de Sarkozy. M. Colombani appela à voter Royal en 2007 en un éditorial touffu tout en sachant de Sarkozy serait élu. La France a besoin de sortir de ces combines d’allégeance, l’état n’est pas ua service des riches qui se débrouillent bien tout seuls..

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