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La seconde rupture sarkozyste

play-pause

Le président annonce une pause dans son interview du Figaro Magazine. «La pause» dans les réformes. Nicolas Sarkozy, le maître du mouvement, de l’action permanente, le théoricien de ce que ses conseillers appelaient la méthode du tapis de bombe des réformes, Nicolas Sarkozy annonce donc une pause. Le lapin Duracell enlevait lui-même ses piles. L’expression «pause» dans les réformes avait été aussi employée par Jacques Delors, le ministre de l’Economie et des Finances de François Mitterrand, deux ans après l’arrivée de la gauche au pouvoir. Le mot «pause» avait d’ailleurs –à l’époque– précédé le mot «rigueur» qui était censé requalifier une politique de serrage de vis appelée «austérité», quelques années plus tôt, sous l’ère Raymond Barre à Matignon.

Mais, nous dit le président, de la rigueur, justement, il ne saurait en être question, ni d’augmentation d’impôts. En revanche, le rythme, la vitesse, la promptitude, la réforme sur tous les fronts, ce n’est plus dans le vocabulaire de Nicolas Sarkozy. C’est la nature même du sarkozysme première version, version originelle qui s’achève…au moins dans son expression. Alors, officiellement, la pause n’est pas pour tout de suite, elle est programmée pour le deuxième semestre 2011, afin de laisser souffler le parlement et remettre de l’ordre dans le travail législatif qui en a bien besoin. Et même «délégiférer», dit le président, c’est-à-dire s’atteler à simplifier le droit.

Musique moderato

Avant 2011, pour les réformes qui sont programmées dans les prochains mois (avant la pause), le président est d’une prudence nouvelle là aussi. Il n’a pas cité la réforme de l’instruction très décriée, la taxe carbone semble bien en suspens et la réforme des retraites se fera, vraisemblablement sans trop bousculer les fonctionnaires si l’on en juge par ses phrases apaisantes sur le calcul des primes dans les salaires de la fonction publique. Au-delà donc d’un ton sécuritaire, (caméras de surveillance et identité nationale) pour mobiliser un électorat de droite bougon, la musique présidentielle de ce vendredi matin est largement moderato sur le front des réformes économiques et sociales. Quand Nicolas Sarkozy disait, il y a quelques jours: à élections régionales, conséquences régionales… on voit déjà, avec ce changement de rythme annoncé et ce renoncement à la méthode qui faisait la singularité du sarkozysme, que malgré tout, le président anticipe le message des Français.

Le président continue à dire qu’il ne fait pas campagne alors qu’il se rend, au côté des candidats UMP dans les régions tangentes et en donnant cette interview. Le fait qu’il fasse campagne est anormal au regard de son statut, mais est logique au regard de l’évolution de la pratique des institutions par le président depuis son arrivée à l’Elysée. Le président préside et en plus il gouverne. Il se place donc en chef de la majorité, ce qui trouble son image d’impartialité mais ce qui le rend aussi responsable en cas de défaite. Pour contrebalancer cette partialité, Nicolas Sarkozy redit vouloir poursuivre l’ouverture à gauche dans les nominations. Et puis la différence, encore une fois entre l’affirmation et l’action est saillante. Jugez plutôt. Nicolas Sarkozy dit: «Je n’ai pas donné de consignes de vote et je ne le ferai pas» et plus loin, il dit: «Je souhaite que les électeurs de la majorité participent à ces élections et quand je vois que les candidats de la majorité présidentielle se sont engagés à ne pas augmenter les impôts, je trouve que c’est sage». En français ça veut dire: votez UMP! Et comme pour justifier cette distorsion, il s’étonne «d’être le seul à ne pas pouvoir expliquer l’enjeu des élections régionales». Hé bien oui. Nicolas Sarkozy est le seul à être président de la République.

Thomas Legrand

Photo: Play / Annie Roi via Flickr

4 Réponses pour “La seconde rupture sarkozyste”

  1. Blieck dit :

    à lire….

  2. Lowenstein dit :

    Le mot réforme est un grand mot. Car Monsieur Sarkozy n’a en fait quasiment pas mis en place de réformes structurelles, lesquelles seraient pourtant indispensables. Les collectivités locales pour commencer lesquelles coûtent la « peau des fesses ». La fusion des forces de l’ordre, le toilettage de certaines professions (pharmaciens d’officine, notaires etc.). Rien de tout cela. Il a créé de nouveaux organismes bidons et casé tous ses amis. C’est pourquoi le peuple continuera à se détourner des urnes. Car à gauche, le tableau n’est guère plus flatteur.

  3. BenJ dit :

    Une pause ? De quand date la dernière réforme, laquelle a été réalisée dans les 3 derniers mois ? La pause est déjà à l’œuvre depuis plusieurs mois, Sarko n’a plus d’idée. Quand au refus de la rigueur, il faut surtout signaler que Sarko a fait le choix de la dette (133 Mds de déficit de l’état sur les 12 derniers mois), pas d’augmentation d’impôt, du crédit. Bientôt il ne va lui rester que la protection des riches comme politique. Mais tout va bien. Il va falloir nous débarrasser de ce charlot en 2012.

  4. décallonne dit :

    effectivement il y a bien une rupture nouvelle dans le sarkozisme : c’est celle avec son électorat de base; en france on a désormais le choix entre diverses variantes de gauche …..et rien

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