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Pourquoi Nicolas Sarkozy retourne sa veste verte (MàJ)

Mise à jour 23 mars 2010: Le Premier ministre aurait annoncé aux députés UMP lors d’une réunion du groupe à huis clos ce mardi 23 mars l’abandon de la taxe carbone. François Fillon aurait expliqué qu’elle devait se faire au niveau européen pour «ne pas plomber la compétitivité» des entreprises françaises, selon plusieurs participants à la réunion. En cela, il reprend le raisonnement déjà exposé par Nicolas Sarkozy.

Nous republions l’article sur Nicolas Sarkozy et l’engagement écolo paru le 12 mars.

***

La phrase est sortie toute seule: les questions d’environnement, «ça commence à bien faire!». Nicolas Sarkozy a fait cette sortie le 6 mars, lors d’une table ronde avec les syndicats agricoles au cours de sa visite au salon de l’agriculture. Comme quelqu’un qui en a gros sur la patate, qui se demande si tous ces efforts faits en faveur de la planète ne finissent pas à lui coûter cher politiquement parlant.

Ces quelques mots ont mis le feu à la mouvance écolo: le chef de l’Etat allait-il remettre en cause les mesures du Grenelle de l’Environnement dans le domaine de l’agriculture? A-t-il voulu, par cette saillie, faire un clin d’œil sans conséquences à une profession exaspérée par les normes de plus en plus contraignantes auxquelles elle a affaire? Le ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, s’est chargé, dès le lendemain, de faire retomber la polémique en jurant:

«Nicolas Sarkozy ne nous a jamais lâché sur aucun sujet. C’est même toujours lui qui nous a poussé à aller plus loin. (…) Je n’ai absolument aucun doute. Il n’y a pas un chef de l’Etat qui a depuis deux ans et demi mené une politique de soutien à ce ministère aussi importante.»

Pas faux, mais peut-être plus pour longtemps. Converti très tardivement à l’écologie (pendant la campagne présidentielle et sous la pression de Nicolas Hulot), le président de la République a multiplié les chantiers: Grenelle 1 et 2, engagement en faveur de l’interdiction du thon rouge, investissement personnel important pour faire aboutir le processus de Copenhague avec l’échec que l’on connaît.

Et tout ça pour quoi? Il n’a pas ménagé sa peine et ne se trouve guère récompensé aujourd’hui. Un des premiers à l’avoir alerté fut le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, qui l’a mis en garde contre un risque réel et dangereux de se mettre à dos les agriculteurs et les pêcheurs, des professions traditionnellement acquises à la droite et qui s’estiment sacrifiées en raison des nouvelles considérations écologiques. Bruno Le Maire a obtenu de l’Elysée la mise en place d’un groupe de travail sur une nouvelle méthode d’analyse des mesures environnementales en agriculture. Un arbitrage en faveur du ministre de l’Agriculture et pris contre le ministre d’Etat Jean-Louis Borloo.

Dimanche, ce dernier a d’ailleurs dû concéder que «dans ce secteur d’activité qui est en crise, qui est en difficulté, il n’est pas interdit de regarder tel ou tel problème particulier». En clair: s’autoriser à s’asseoir sur certains engagements environnementaux pour calmer la colère du monde paysan. Dernière déclaration en date, la taxe carbone. Cela avait été un de ses projets-phare, retoqué en fin d’année par le Conseil constitutionnel. Dans une interview au Figaro Magazine, le président assure que celle-ci verra bien le jour, mais après une concertation nationale et européenne. Ce qui risque fort de repousser de facto sa mise en oeuvre.

Quand il estime que «ça commence à bien faire», Nicolas Sarkozy dit tout haut ce que beaucoup à droite pensent tout bas. Les députés des circonscriptions rurales se font le relais de la colère agricole. Mais surtout, beaucoup constatent, dans les cercles proches du pouvoir, que l’environnement «ne rapporte rien à la droite», selon les mots d’un dirigeant UMP. Vouloir sauver la planète, c’est bien gentil mais encore faut-il que ça ramène les voix, jugent certains dans la majorité. Or, la conversion de Nicolas Sarkozy ne lui a apporté aucun bénéfice. Les élections européennes ont vu s’envoler les listes d’Europe Ecologie clairement arrimées au camp de la gauche. Une tendance qui devrait (dans une moindre mesure, certes) se confirmer lors des régionales.

Nicolas Sarkozy aime gagner. Et si son tournant écolo ne paie pas, il pourrait bien s’exonérer de certaines de ses promesses. Sans aucun état d’âme.

Ariane Istrati

Photo: le 6mars 2010. Au salon de l’Agriculture. REUTERS/Remy de la Mauviniere/Pool

À LIRE ÉGALEMENT: Que représente le vote écolo?

6 Réponses pour “Pourquoi Nicolas Sarkozy retourne sa veste verte (MàJ)”

  1. Pertinax dit :

    L’opposition entre l’écologie « light » du Grenelle et les agriculteurs et pêcheurs est très artificielle. Défendre la pêche « artisanale », c’est aussi défendre les pêcheurs français. Quant aux agriculteurs, ce ne sont pas les écolos qui font des marges énormes sur leur dos!

  2. Testatio dit :

    Ca n’a rien à voir. Les seule à subir les ‘décisions écologiques’ se sont ces professions. Ainsi, on les met devant l’opinion publique responsable des problèmes écologiques. Ainsi donc, on sacrifie leur profession pour l’écologie. C’est en ca que c’est inacceptable.

    L’agriculture intensive n’est pas anti-écologique… mais les produits chimiques pour la mettre en place, oui. Pour la pêche, c’est la disparition des ressources qui pose problème, C’est donc un problème de biodiversité, pas d’écologie !

    Le problème du Grenelle, c’est que l’écologie a été décidé par des parisiens qui n’ont aucune conscience de la réalité dans les campagnes. C’est facile de se dire écologiste en plein milieu de Paris en disant « Bouh, ce n’est pas bien les produits chimiques ! », « Bouh, ce n’est pas bien la pêche intensive ! »… Mais aucun Parisien n’est prêt a payer le prix de ces décisions, ils préfèreront acheter des produits agricoles étrangers. Agissant ainsi, on détruit notre agriculture et pêche.

    Le cas de la taxe Carbone est criant dans ce sens. Augmentation de 8 cents de l’essence pour tous. Mais à l’étranger, ils n’ont pas ces charges, donc nous sommes en train de fausser la concurrence au profit des sociétés étrangères. Assez schizophrénique lorsque l’on s’oppose aux délocalisations, non ?

    L’écologie n’est pas forcement dissociable du progrès économique et du développement économique. Le nucléaire en ait un exemple cirant… malgré ce qu’en disent les soi-disant écologistes de Greenpeace ou sortir du nucléaire. Mais augmenter les taxes pour tous ceux qui ne prennent pas ce tournant, n’est pas une solution, car on les condamne à disparaitre, sans leur donner de moyen de subsistance derrière. Il faut créer une filière écologique, avec des emplois et des solutions viables sans perfusion de subvention, développer la recherche sur ce thème afin que l’écart de productivité industriel entre une entreprise polluante et écologique s’amenuise au point que le consommateur ne voit pas la différence pécuniaire entre ces 2 type de production.

  3. bokassarkozy dit :

    je m’étonne que des journalistes » experts » ne soulignent pas assez la ringardise de Sarkozy , qui gouverne ou prétend gouverne,r le pays comme le conseil général des hauts de seine.
    clientélisme, népotisme , petits « coups » à l’ancienne , hérités de Pasqua et chirac.
    ,en fait de modernité,sa politique date un peu.
    le discours de toulon restera dans les annales des grandes déclarations révolutionnaires , le moment grave était propice ..et puis….pchiiiiiiittt…

  4. Thomas dit :

    « L’agriculture intensive n’est pas anti-écologique »
    On aura tout lu…

    L’écologie est incompatible avec l’agriculture telle qu’elle se pratique actuellement. Il est possible de produire mieux, de manière plus équilibrée et plus économe en ressource, mais au prix d’une régorganisation, qui peut être douce et sur une durée raisonnable, de nos secteurs agricoles. En payer le prix, pour le consommateur, c’est arrêter de surconsommer des produits gaspilleurs de ressources: moins de viande, moins de lait, moins de céréales… Derrière chaque steak, il y a 10.000L d’eau, des centaines de kilos de céréales. C’est cela qui est vraiment inacceptable. Il faut arrêter de croire naïvement que seule viande est source de protéine, et seul le lait est source de calcium. Des mythes comme cela, pour nous transformer en consommateurs de ces produits, il y en a des dizaines.

  5. Geant vert dit :

    Que penser d’un homme politique qui s’interroge si les engagement pris vont ou non rapporter des voix aux prochaines élections….Opportunisme. Et c’est valable à droite comme à gauche, on ne sait plus vers qui se tourner…
    Il serait temps que la politique ne soit plus une carrière…. Non seulement éviter le cumul des mandats mais aussi limiter la carrière politique dans le temps pour éviter tous ces professionnels qui monopolisent pendant des années les plus hauts postes. Un peu de chair fraîche, engagée pour de vrais projets auquel elle croit sincèrement, ne ferait pas de mal. Utopie ??

  6. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Emphiris. Emphiris a dit: Un petit coup de térébenthine sur les écailles vertes qui grattent http://tiny.cc/qs3zv [...]

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