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Le Pen, la der des der

Jean-Marie Le Pen

«La Tatie Danielle de la vie politique française.» C’est ainsi que le surnomme Jacques Bompard, son ancien bras droit et désormais adversaire en Paca avec la Ligue du Sud. Un bon mot pour railler les 81 ans de Jean-Marie Le Pen. Mais comme «Tatie Danielle», plus Le Pen est vieux, plus il semble coriace. Le grabataire, ce n’est pas lui, assure-t-il, mais la droite «aveugle», la gauche «paraplégique». Il carbure au coca zéro, enchaîne les meetings et autres «banquets patriotiques», vitupère contre les «300.000 musulmans» de Marseille. Il se permet même de recadrer sa fille Marine, l’insolente héritière qui veut changer le nom du Front national. «Personnellement, je pense que ce serait une très mauvaise idée…», glisse-t-il au quotidien la Provence.

Paca, chasse-gardée

Le 8 février, Le Pen a été le premier candidat de Paca à déposer sa liste en préfecture. Le leader frontiste, si attaché aux symboles, y tenait, six ans après avoir été recalé dans sa région faute de domiciliation. «Toutes les chausse-trappes étaient bonnes pour m’empêcher de gagner», commente-t-il aujourd’hui.  Cette absence de résidence avait surtout rappelé qu’il était arrivé au début des années 1990 lors d’un parachutage en bonne et due forme. Sans Le Pen, élu conseiller régional en Paca en 1992 et 1998, le discret Guy Macary avait obtenu 22,95% des voix en mars 2004, perpétuant «le maléfice méridional», comme l’ont baptisé les politologues Jean Viard et Daniel Van Eeuwen. «Il y a une vraie spécificité de la région Paca qui en fait aujourd’hui encore une terre fertile pour le FN. Il peut s’appuyer sur “le monde de la boutique” (artisans, commerçants), les militaires et anciens militaires (à Toulon, Orange par exemple) et bien sûr les rapatriés d’Algérie, qui constitue une strate majeure de son électorat», nous explique Van Eeuwen. «C’est un endroit de rêve pour scorer. Et le score est meilleur avec lui qu’avec n’importe quel autre membre du FN, voilà pourquoi Le Pen tient tant à cette région», ajoute le directeur délégué de Sciences-Po à Aix-en-Provence.

Surfant sur «le désarroi des locaux coincé entre un flux migratoire venu du Sud (travailleurs maghrébins notamment) et du Nord (cadres venus lors de transfert de compétences économiques)», le FN a connu une croissance phénoménale dans les années 1990. «Lorsque le PS et le RPR ont abandonné le clientélisme local, faute subventions, le FN a également repris le flambeau», poursuit Van Eeuwen, qui parle «d’un travail de terrain colossal: à Toulon, c’est le Front qui réparait les lavabos des plus démunis». Résultat, les municipalités d’Orange, Marignane et Toulon tombent dans l’escarcelle de l’extrême droite en 1995, puis ce sera autour de Vitrolles. Mais Le Pen a un problème récurrent, et il l’a redit pendant la campagne : «Quand on a des élus, ils nous trahissent…» Depuis Mégret, les coups de poignard lardent inlassablement le dos du boss. Dernier en date, Bompard, qui a pris ses distances depuis longtemps, mais ose se présenter face à lui. Selon un proche du leader, cette nouvelle trahison l’agace au plus haut point, même si les sondages ne laissent augurer à la Ligue du Sud qu’un modeste score (entre 1 à 3%). Parmi les candidats de la Ligue, on retrouve d’ailleurs… Guy Macary, le suppléant de 2004. Il n’y a pas que les cadres qui quittent le Pen. Depuis le début des années 2000, le contingent de militants s’est désagrégé, et la campagne du FN s’est repliée sur des zones très précises et localisées (campagne concentrée dans la pointe des Alpes-Maritimes, hommage aux rapatriés de Toulon, insistance sur Avignon avec le fidèle Thibault de la Tocnaye).

Rien que du classique

Le Pen suit un régime hyperprotéiné qui lui ferait perdre «500g» par jour et flotter dans ses pantalons. Son programme, lui, n’est guère allégé. Chef de file dans les Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier vous parle d’abord d’une «banalisation des thèmes». Pour mieux vous montrer dans un second temps le tract qui a inspiré l’affiche du scandale. On évitera ici de la détailler. L’insécurité reste la marotte de Le Pen, qu’il teinte comme à son habitude de racisme. «La majorité des villes de la région sont à moitié musulmanes.» Voilà c’est dit, l’électeur n’a plus qu’à tirer ses conclusions, à tisser le lien entre cause et effet.  La recette est simpliste, mais Le Pen est loin d’être simplet. Il sait que le débat raté sur l’identité nationale a lancé la campagne du FN. Que le NPA, en présentant en fanfare une candidate voilée sur sa liste en Paca, n’a certainement pas desservi ses desseins. Qu’entre burqa et minarets, la religion musulmane est actuellement disséquée. Le FNJ, qui ne donne pas sa part aux autres chiens, est allé peaufiner ça sur Paint, reprenant tous ces points pour composer l’affiche citée plus haut, qui a ému l’Algérie.

La suite du programme de Le Pen fait la part belle à des grands travaux, autoroutiers notamment (liaisons Digne-Sisteron, Gap-Grenoble…). Et il évoque aussi un projet insolite: «Un genre de métro aérien passant toutes les dix minutes sur deux pôles, entre Marseille et Toulon, et autour de l’agglomération niçoise.» Il promet de ne pas augmenter les impôts de la région «et même de les baisser». Le Pen veut récupérer les voix perdues à droite en 2007: «Sarkozy a emprunté une partie de mon discours en 2007. Il a séduit, moi, j’essaie de convaincre», martèle-t-il. «Je pense que je dépasserai les 20%», assure Le Pen. Il sera probablement autour de 15%, coincé qu’il est entre la Ligue du Sud et Thierry Mariani, député UMP «musclé» sciemment choisi par l’Elysée. «Mariani, c’est un boxeur un peu faible qui tape où il peut, y compris en dessous de la ceinture», lâche Le Pen. Les blagues sont éculées.  En coulisses, lors des débats (à France Culture, sur La Chaîne Marseille), on croise un Le Pen usé, qui entend mal, qui tourne un peu en rond, évite certaines questions, mais plus seulement par stratégie. Reste un constat, dressé par un politicien local: «On enterrera peut-être bientôt Le Pen. Mais pas les idées d’extrême droite en Paca.»

Mathieu Grégoire

Photo: A Marseille, le 7 mars 2010. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

9 Réponses pour “Le Pen, la der des der”

  1. PourtantdeGauche dit :

    Pauvre petit Mathieu Grégoire… Pauvre petit journaliste privilégié enfermé dans sa tour d’ivoire, les yeux saucissonnés par des kilos de poncifs et d’idées bien pensantes. Pauvre petite reflexion pseudo intello d’une personne qui ne connait la vie que par le prisme étroit de sa classe sociale. Aucun argument. Aucune réflexion en profondeur, aucune remise en cause. Le néant absolu du journalisme. Un blabla insipide. Des articles qui ne servent à rien. Quand on veut défendre ses idées, il faut avoir en réserve du talent et de la finesse. Pas cet bouillie de grâce. Avec des papiers de ce type, vous martyrisez celui que vous accablez, et finalement le mettez en exergue. Mouillez le maillot, allez au fond des choses, enquêtez,faîtes un métier de journaliste pas celui de raconteur de fadaises !!!

  2. totor dit :

    Une assez bonne description de la stratégie de Le Pen. Mais est-ce vraiment la « der » ? Combien de fois avons-nous cru que « Le Pen c’est fini », pour le voir rebondir de nouveau ? Bien sur l’âge est là et le poids des années finira bien par mettre un terme à cette (beaucoup trop) longue carrière dans ce que l’humanité a de pire. Mais est ce vraiment pour après les régionales ? Et la fin de la carrière d’un homme mettra-t-elle fin au succès du parti d’extrême-droite ou quelqu’un sera-t-il capable de lui succéder, et repartirons nous alors pour 40 ans de discours et d’actions racistes ?

    J’ai 35 ans et j’ai toujours (hélas) entendu parler de Le Pen. Depuis que je regarde la politique de mon pays, j’ai toujours vu l’extrême-droite rabaisser le niveau du débat en dessous de celui des pâquerettes, les politiques de droite et de gauche se laissant entraîner sur le terrain nauséabond du Front National avec une facilité déconcertante. Au delà des politiques, les Français eux-mêmes se sont appauvris intellectuellement par ces discours basés sur la peur. Alors oui, je me demande si c’est vraiment la fin de la carrière pour Le Pen et comment ces idées et ce discours vont se transformer à travers cette fin d’une époque (car il faut bien le dire, nous aurons connu l’époque de Le Pen, comme d’autres aurons connu l’époque du général Boulanger ou l’époque de Pierre Poujade).

  3. soler dit :

    qui_ ménent les francais a leurs perte…..

  4. hugo dit :

    Bravo Pourtant.
    Bonne analyse.
    Ne jamais oublier, pourtant, que, en France, Journalisme, egal, presque, Socialiste…(Francais) ou…… mais jamais vraiment objectifs vis a vis du F.N.

  5. hugo dit :

    Juste dire a Totor,.
    La peur est deja la, est a juste raison. Mais c’est bien de ne pas la voir.
    c’est plus facile.

  6. Noble dit :

    L’article cite un lien « Le monde de la boutique » qui vaut son pesant de cacahuètes et nous montre bien l’incompétence crasse de ceux qui à Science-Po prétendent nous expliquer les mouvements politiques.

    En 20 pages on apprend que l’électorat de Le Pen c’est :
    - des psychotiques interrogés par des psychiatres
    - des déclassés
    - des mythomanes qui s’inventent des peurs qui n’existent pas
    - des pauvres types qui se réfugient dans un retour au passé mythique

    Évidemment, avec de tels à prioris, l’auteur n’arrive pas à expliquer une seconde pourquoi le FN fait de bons scores dans toutes les classes sociales et dans toutes les régions.

    Le FN attire du monde simplement parcequ’il représente l’avenir. C’est la seule alternative aux politiques mondialistes qui ont fait des ravages en Europe et dans les pays du tiers-monde. Plusieurs économistes ou historiens de renom tiennent d’ailleurs le même langage, sans être pour autant du FN loin s’en faut – Manuel Todt, Paul Graig Roberts, Maurice Allais, Paul Jorion et j’en passe.

    Le seul parti qui ne soit pas mondialiste en France est le FN. C’est peut être une maladie mentale mais c’est notre seule planche de salut… alors tant pis pour les injures des profs de Science-Po.

  7. Criquette92 dit :

    La France est totalement pourrie par la Gauche trotkiste, les vieux soixante
    huitards ont infiltré tous les médias et le pouvoir.
    Amoureux de la Révolution, déboussolés par la chute du Mur, leur objectif est la destruction de notre pays, pour que la Révolution fasse émerger un
    homme nouveau, comme au bon vieux temps du communisme.

    Pour atteindre ce but, ils ont instrumentalisé l’immigration de peuplement,
    mis en place des associations nuisibles tels La Halde et le MRAP,
    Education sans frontière, France terre d’asile.
    Ils terrorisent le peuple français, noyautent l’Education Nationale, et veulent en finir avec le peuple français d’origine.

    « Le peuple français n’existe pas »

    Cela fait 3O ans que Jean-Marie Le Pen dit le contraire.
    Et son attachement à l’identité de la France, met les ex-maoïstes et trotkistes .dans une fureur délirante.
    Tout est bon pour persécuter JMLP.
    NON ! LES SYMPATHISANTS DU FRONT NATIONAL NE SONT PAS
    DES PSYCHOTIQUES OU DES NEVROSES , DES MYTHOMANES,
    DES DECLASSES. NI DES RACISTES.
    CE MOUVEMENT N’EST PAS D’EXTREME DROITE.
    PARLONS DE DROITE NATIONALE.. Tout simplement.
    La droite UMP, le PS et les autres partis de Gauche n’ont pas le
    monopole du coeur.
    Il reste encore des Français clairvoyants.

    Retraitée, 63 ans, Issue de mariage mixte dans une ancienne colonie.,
    qui votera pour la première fois pour le FN.

  8. Basileus dit :

    Et bien, j’ai cru tomber sur un de ces tracts gauchistes fustigeant la « pseudo-menace fasciste » que représenterait le FN, en lisant cet article.

    La qualité première d’un journaliste, Monsieur Grégoire, c’est l’objectivité et on reconnaît facilement un journaliste de talent : c’est celui dont on ne peut deviner aisément les réelles convictions.
    Dans votre cas Monsieur Grégoire, vous auriez été digne de figurer dans l’équipe de rédaction de la Pravda, unique journal autorisé en URSS sous l’ère soviétique.

  9. choupi dit :

    bonjour, voilà j’ai 35 ans, et depuis que je vote, pour les présidentielle et autres élections, il y a toujours eu la gauche ou la droite aux pouvoirs (on fait la balance). quand ça marche mal on met l’un et de temps en temps pour changer on met l’autre.
    saut que, les gens on non marre, et pour le dire de temps en temps ils votent FN, pour faire peur au gouvernement. (mais le gouvernement n’a rien a faire de cela, et rigole doucement).
    En général, quand j’entend parler au tour de moi, j’entend les personnes dirent que le FN à de bonnes idées. mais les français on peur de JMLP.

    Dommage, car on ne peut pas critiquer un parti qui n’a jamais pris le pouvoir. Peut être qu’il ferait mieux que la gauche ou la droite, ou pire, mais tant qu’il ne passe pas, on ne peut pas savoir. (Regardez dans d’autres pays ou il y a l’extreme droite si le pouvoir marche bien).

    Pourquoi les médias parlent de JMLP, tous ça pour nous faire peur.

    mais ce que veut JMLP, c’est tout simplement être pour la France, et avec les Français. (je pense que c’est ce que tout les français désir avant tout).

    Je suis une partisante du FN, depuis que j’ai 18 ans. et fier d’être pour la France. et employée secteur privé.

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