Pour la droite, les sondages d’intentions de vote se suivent et se ressemblent. Annoncée comme la grande perdante de ces élections régionales de mars prochain, la droite se retrouve aujourd’hui dans une situation délicate. La stratégie d’union dès le premier tour, imposée par le président de la République, montre ses limites. Ainsi, si le score de la droite au premier tour pourrait permettre à la majorité de virer en tête dans plusieurs régions, les réserves de voix pour convertir ce résultat en une victoire électorale au soir du second tour semblent minces.
En réalité, ces élections régionales pourraient voir la droite obtenir son plus mauvais résultat depuis le début de la Ve République. Les intentions de vote au niveau national publiées par les instituts de sondage depuis le début de la campagne présentent en effet un résultat compris entre 28% (sondage Ifop – Paris Match du 28/01/2010) et 33% (sondage OpinionWay – Fiducial du 21/02/2010) pour l’ensemble des formations de droite. Un score qui serait donc inférieur aux 34,62% enregistrés en juin 2009 et aux 34,47% des élections régionales de 2004, pourtant les deux plus mauvais résultats enregistrés par la droite. Traditionnellement, les commentateurs politiques avaient l’habitude de parler d’un socle minimal d’un tiers des voix pour la droite. Cette théorie est-elle en train de voler en éclat?
Une sous-estimation du vote de droite par les instituts de sondage?
Certains, à droite, affirment que les instituts de sondage sous-estiment la droite. En effet, pour les élections européennes de 2009, la droite parlementaire, créditée d’un score entre 31% et 33% dans les derniers sondages publiés, a enregistré un résultat de 34,45%. De même, lors de l’élection présidentielle de 2007, le candidat Sarkozy était généralement crédité d’un score entre 24,5 et 28,5% juste avant le premier tour pour un résultat final de 31,18%. Une sous-estimation –involontaire évidemment– qui ne suffit toutefois pas à expliquer des intentions de vote historiquement basses.
A impopularité exceptionnelle, résultat exceptionnel?
Avec des niveaux d’impopularité rarement atteints (36% de satisfaction de son action selon le dernier baromètre Ifop/JDD), le Président Sarkozy semble avoir créé une véritable défiance entre l’opinion publique et son gouvernement. Alors que de nombreuses personnalités de la majorité se présentent devant les électeurs dimanche, le chef de l’Etat a même été sommé par certains de ne pas intervenir dans la campagne, au risque de faire fuir les électeurs.
Cette impopularité reste cependant comparable à celle enregistrée lors de la vague de mai 2009 de ce même baromètre Ifop/JDD. A celle-ci s’ajoute une lassitude du pouvoir en place et de son action qui peut seule expliquer le degré de défiance entre le président actuel et ceux qui l’ont choisi en 2007 pour s’installer à l’Elysée. D’après la dernière intention de vote nationale publiée par l’Ifop pour la Lettre de l’Opinion, sur 100 électeurs de Nicolas Sarkozy en 2007, seuls 72% affirment vouloir voter dimanche pour la liste de la majorité présidentielle. Pire, cette défection des soutiens du chef de l’Etat semble également s’être prolongée depuis les élections européennes et leur score historiquement bas pour la droite parlementaire: 86% des électeurs UMP-Nouveau Centre de 2009 seulement vont continuer à voter pour la majorité. Résultat: dans cette enquête les listes de droite n’obtiennent que 28,5% des intentions de vote, un record.
Exceptionnellement impopulaire depuis exceptionnellement longtemps, le Président est ainsi en passe d’infliger à son camp une défaite historique. Nul doute que ce résultat, qui sera disséqué dans tous ses détails, à moins de deux ans de l’élection présidentielle, risque de fragiliser plus encore le chef de l’Etat au sein de son propre camp.
Mayeul L’huillier pour Délits d’Opinion
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