Nous entrons dans les derniers jours de campagne… Et croyez-moi, paradoxalement pour un commentateur politique, la situation est proprement «incommentable» (j’invente ce vilain mot pour la circonstance).
D’abord, on croule sous les sondages. Ils nous disent à peu près tous la même chose: le PS devrait faire un bon score, peut-être même dépasser l’UMP, et garder toutes ses régions métropolitaines et récupérer la Corse. L’Alsace devrait rester à l’UMP, qui devrait aussi récupérer la Guyane grâce à un retournement de veste locale. Les écologistes stagnent autour de 12-13%, le MoDem et le NPA ne vont pas bien, le Front de Gauche, lui, semble en position très honorable autour de 6 ou 7% alors que le FN (sur lequel on se trompe toujours) serait autour de 8 %.
Peut-être que les sondages se plantent complètement, ou que l’opinion va évoluer pendant ces prochains jours dans un sens ou dans un autre. Peut-être que tout va se passer comme les sondages le prédisent. On ne sait rien, il faut tout simplement l’avouer… Alors, me direz-vous, «ne commentez pas les sondages, commentez la campagne»! Si vous croyez que c’est facile de faire abstraction des sondages et de l’ambiance générale. Ne pas se fier aux sondages, c’est un peu comme ne pas fumer dans une pièce où tout le monde fume, vous respirez forcément de la fumée, vous en prenez forcément plein les poumons! Je suis un «sondageomane» passif (deuxième mot inventé). On se retient donc de tirer des conclusions trop tôt… Que doit faire le président de cette cuisante défaite? Martine Aubry est-elle sur orbite pour la présidentielle? Il sera toujours temps de se poser ces questions après s’il y a lieu…
Quel fond?
Alors! «Parlez donc du fond, des thèmes de campagne», me direz-vous, excédé par cette démission déprimante de l’éditorialiste! Mais le fond, c’est quoi dans ces élections? Les compétences des régions, ce sont les TER, certains équipements routiers, l’entretien des lycées, une politique de soutien économique de la région, ou plutôt de coordination, des financements culturels et de certains programmes éducatifs. La réalité, c’est que les compétences des régions sont plutôt réduites par rapport à celles des départements, leurs budgets sont aussi beaucoup plus faibles que ceux des départements qui représentent pourtant l’échelon d’en dessous.
L’idée développée par certains (notamment les socialistes, et notamment Ségolène Royal) selon laquelle la région est un laboratoire pour la politique nationale est totalement surfaite, tant les responsabilités et le volume des sommes en jeu n’ont rien à voir avec la gestion d’un Etat. Demandez à un Français d’où il est, il vous répondra par le nom de sa ville si elle est importante, sinon par le nom du département, rarement par celui d’une région, sauf peut-être les Bretons et les Corses.
Donc ces élections sont une forme de référendum national sur l’atmosphère politique ambiante, légèrement teintée du contexte local, dans certaines régions présidées par de fortes personnalités comme Georges Frêche et Ségolène Royal. Ces derniers jours sont donc particulièrement pénibles parce que c’est le moment où chaque camp va tenter de mobiliser son électorat par les réflexes politiques grégaires. Ça concerne surtout l’UMP si l’on en croit toujours ces satanés sondages (vous voyez!). Pour ce faire, il leur faut dire des choses comme, je cite Xavier Bertrand, «la gauche, c’est les impôts et l’insécurité». Il faut «cliver». Ce mot issu du marketing est à la mode en politique depuis quelques années. Au premier tour, on clive pour mobiliser son camp. Donc, là, l’UMP clive… Et quand un parti clive, en général, ça ne vole pas haut. C’est le bons sens version veillée des chaumières, c’est, pour Nicolas Sarkozy, devant des agriculteurs excédés, cette phrase en contradiction complète avec la politique prônée jusqu’à la semaine dernière: «L’environnement, ça commence à bien faire.» Jusqu’au 14 mars, ça va cliver dur, il ne faudra pas trop faire attention, tout ce qui sera dit ne correspondra à rien d’autre qu’à des mots pour flatter l’électeur de base, lui dire que s’il ne veut pas voter «pour», il pourrait au moins voter «contre»… «Incommentable», je vous dis.
Thomas Legrand
Image de une : The Storyline. (1/365)/Emergency Photography /Flickr















Excellent article…excellente analyse !
La différence de taille des budgets est une notion fondamentale pour comprendre les enjeux et personnelement, je l’ignorais….
Excellent article…excellente analyse !
La différence de taille des budgets est une notion fondamentale pour comprendre les enjeux et personnellement, je l’ignorais….
(correction : il y a deux LL à personnellement)
Je suis consterné par cette article. Le journalisme ce n’est pas d’attendre que l’info vous tombe tout cuit sur votre bureau.
Les régions sont devenues un enjeu capital avec notre président puisqu’il voulait supprimer les départements au bénéfice des régions, vous ne semblez pas en tenir compte.
Vu sur le tract du FN, que je n’apprécie pas particulièrement, pour le Nord:
- Manque de transparence des budgets
- Déficits des comptes avec appel à l’emprunt « toxique peut être ».
- dépenses somptueuses: palais régionale, communication, voyage…
Il n’y a donc rien à dire, même pas d’enquêtes pour dire qui dit la vérité. Alors comment pouvons nous y voir clair si vous ne faites pas votre boulot.
J’en ai marre de ces journalistes qui se disent des stars mais qui ne bougent pas leur fesse de leur fauteuil et marre de ces politiciens qui se succède de père en fils, qui se protègent mutuellement de droite comme de gauche, qui cumulent les fonctions dans le seul but de se faire du pognon.
Je voterai donc pour la liste des ch’ti.
J’espère qu’il existe une liste des Bretons, des Corses, des Basques..
j’apprécie cette analyse et j’ai le même jugement sur la pauvreté des thèmes émergeants de cette campagne. Quelles leçons en tirer ? Sans doute que les régions sont des nains économiques et qu’en conséquence leurs actions et inflexions ne peuvent bien loin. Le rapport Balladur n’établissait aucune proposition sur ce sujet, à mon souvenir.
A l’heure où les préfets de région et les directeurs administratifs régionaux prennent le pas sur leurs collègues départementaux, le constat est inverse sur les élus de ces 2 échelons ! Incohérence ?
Bonne feuille ! Comme toujours de la part de T. Legrand…
Il est effectivement difficile de s’enthousiasmer pour une élection sans grand enjeu politique.. La gauche fait du bon travail globalement dans les régions, mais aussi parce que la région n’a pas beaucoup de marge de manoeuvre pour changer les choses… Donc, en bons gestionnaires, le PS fait du bon boulot sans révolutionner la politique locale.. C’est pourquoi il serait temps de remanier l’organisation politique locale.. Personnellement, la stratégie de l’UMP n’est pas de bon augure, je trouve.. Mais l’idée de recentrer la politique locale sur la région a du sens.. il faut une taille critique avec les budgets conséquents pour pouvoir changer les choses et influencer réellement la vie des gens au niveau local.. Le département ne semble plus la bonne taille pour cela..
Mais bon, c’est un enjeu de politique nationale finalement.. et donc hors de propos dans la campagne des régionale..
Pourquoi les départements seraient-ils « l’échelon en dessous » ? Il n’y a aucune hiérarchie entre niveau de collectivité et la loi interdit toute tutelle d’une collectivité sur une autre.
En fait, les compétences des deux niveaux de collectivités sont différentes même s’il existe des zones limitées de recouvrement (développement économique, aides aux communes, culture, etc.) mais pour une part limitée de leurs budgets.
En tout cas, les régions n’auraient rien à gagner à prendre en charges les dépenses sociales (50% des charges des départements) ou la gestion des collèges, mais plutôt de se voir recevoir de l’État les compétences en matière d’enseignement supérieur ou une réelle décentralisation de la formation professionnelle. Avec les moyens qui vont avec, naturellement.
@Dominique
« dépenses somptueuses »
Les dépenses sont rarement somptueuses, mais bien plus souvent somptuaires..
C’est curieux mais le seul mouvement qui ne bénéficie pas d’une surimpression bleue renvoyant à un article de « Slate » c’est le Front de gauche. Certains sondages régionaux ne sont jamais cités ou même pas effectués (Nord-pas-de calais, Limousin etc.). On se demande pourquoi ou plutôt on ne se le demande pas. Le tropisme »vert » règne partout aucun éternuement de Mme DUFLOT ne nous est épargné.
Cet article rejoint pas mal les réflexions que j’ai développées récemment.
D’abord quelques remarques, les écologistes ne « stagnent » plus, et le terme est trop méprisant pour être de toute façon adapté ici.
Pour le reste, en fait si on parle si peu du fond, et souvent de manière caricaturale, c’est que l’enjeu réel est absent très limité.
http://lebavost.wordpress.com/2010/03/07/loccasion-dun-message-politique-plus-que-de-reels-enjeux-locaux/
La région a peu de compétences, elles sont consensuelles, et en plus elle va encore en perdre. Cela retrouverait de l’intérêt lorsque la région et le département seront réunis, avec le département simple circonscription d’une vrai collectivité régionale, qui recevrait également quelques compétences supplémentaires de l’Etat, et une marge de manoeuvre fiscale.
Donc le seul intérêt de cette élection est politique : recomposition de la gauche, impact sur le sénat, positionnements du FN et du Modem.
J’ai également essayé de voir comment on doit prendre les sondages, et si des surprises sont encore possibles.
http://lebavost.wordpress.com/2010/03/11/regionales-des-surprises-sont-elles-encore-possible/
[...] Entre faiblesse politique des régions et faiblesse du débat, Thomas Legrand sur slate n’a même plus le goût de commenter! Ces derniers jours sont donc particulièrement [...]