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Au royaume de Frêche, les dissidences sont loi

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Samedi 6 mars, une librairie du centre commercial Odysseum, à Montpellier. La file d’attente paraît sans fin, un flot continu de sympathisants l’alimente tout l’après-midi. A son extrémité,  Georges Frêche trône dans un fauteuil, souriant. Stylo à la main, il dédicace à tour de bras son dernier ouvrage, Trêve de balivernes. Odysseum, c’est un immense complexe à l’américaine à l’est de la ville, avec cinéma, patinoire, aquarium, planétarium, galeries marchandes, parkings et chantiers interminables que le président  de l’agglomération et du conseil régional a créé de toute pièce. Dans son obsession de développement, le bâtisseur infatigable rêve encore de relier Montpellier à la mer. Pour l’heure, à une semaine du premier tour, Big Georges est serein, sûr de son fait, presque imperturbable. Loin du battage médiatique qui, un mois auparavant, plaçait le Languedoc-Roussillon sous les feux des projecteurs nationaux, la campagne électorale a perdu en vigueur. L’affaire de la tête «pas très catholique» de Laurent Fabius est retombée. Cet après-midi là, l’agrégé de droit romain ressert pourtant la fameuse réplique à un homme d’origine maghrébine venu faire signer son livre dans un éclat de rire partagé. De sa voix sourde, il donne du «la plus belle» aux femmes, du «chef» aux hommes. «Monsieur le Président» a un mot ou une anecdote pour chacun. Il donne l’impression de connaître personnellement la majorité de l’assistance. Trente ans de règne sans partage ont laissé des traces. «C’est vrai», confirme Patrick Vignal, l’un de ses soutiens à la mairie, pourtant dirigée par la dissidente (mais candidate officielle du PS) Hélène Mandroux. «Ici, il est chez lui, il a réussi à fédérer les gens.» «Il est très aimé ici», ajoute un garde du corps tout sourire. On l’avait remarqué, merci.

Gagnant à tous les coups dans les sondages

Celui que le quotidien britannique The Indepent a baptisé «the Le Pen of the Left» peut dormir tranquille. Le dernier sondage Midi Libre/Ifop paru dimanche conforte sa position en tête avec 32% d’intentions de vote au premier tour. Loin, très loin devant ses rivaux, de gauche comme de droite. Le sénateur maire UMP de Béziers, Raymond Couderc, plafonne à 21,5 % tandis que la maire socialiste de Montpellier Hélène Mandroux, Jean-Louis Roumégas (qui conduit la liste Europe-Ecologie), et René Revol (NPA, Front de gauche, PCF) se disputent la troisième place avec respectivement 12%, 11% et 8% des intentions de vote. Au second tour, une fusion des listes PS et Europe-Ecologie n’obtiendrait que 32% des suffrages alors que le regroupement des listes de droite ne totaliserait qu’un modeste 28%. Contre 40 % pour les listes divers gauche de Frêche que tous les sondages successifs depuis le début de la campagne donne gagnant dans tous les cas de figure.

Plombée par la mauvaise passe actuelle du gouvernement, éclipsée par l’«affaire» Frêche et ses conséquences au PS, la droite locale reste inaudible. Pire, rarement le rapport de force droite-gauche lui aura été aussi défavorable, de l’ordre de 35% contre 65% en considérant l’ensemble des listes. La tête de liste UMP doit en outre composer avec la dissidence de Christian Jeanjean, maire de Palavas-les-Flots qui conduit sa propre liste divers droite, même si son impact apparaît marginal, (3% des intentions de vote). En dépit du soutien appuyé de François Fillon mardi dernier lors d’un meeting à Nîmes, le maire de Béziers décroche dans les sondages et fustige son adversaire, «envahisseur de médias» qui lui laisse bien peu d’espace.

Mandroux, l’héritière se rebelle

Le PS n’est guère mieux loti. Avec 12% des intentions de vote au premier tour, Hélène Mandroux n’est même pas certaine de prendre part à la seconde manche. La cote de la maire de Montpellier progresse néanmoins constamment dans les sondages après un départ catastrophique, à la fin du mois de janvier, tout juste mandatée par une Martine Aubry outrée des propos de Frêche à l’endroit de Laurent Fabius. Le passage du maire de Paris, Bertrand Delanoë à Montpellier mardi dernier aurait redonné du cœur à l’ouvrage aux troupes socialistes diminuées par la position de banni, voire de martyre du PS, que Georges Frêche endosse à merveille, jouant qui plus est le jeu de l’antagonisme Paris-province. Ancienne adjointe de Frêche à la ville de Montpellier, l’héritière Mandroux s’est rebellée sur le tard contre celui qui l’avait installée à la mairie en avril 2004 et avec qui elle a travaillé pendant plus de trente ans. Plusieurs fois raillée par son père politique la traitant tantôt de «potiche», tantôt de «conne», elle a accepté l’invitation de Martine Aubry de conduire la liste socialiste avec d’autant plus de conviction. Aujourd’hui, elle fustige un «dictateur dans les idées»… Entre ces deux-là, la lutte est désormais à couteaux tirés. Georgess Frêche l’invite à quitter la mairie de Montpellier en cas de défaite aux régionales. Hélène Mandroux lui répond qu’elle la laissera volontiers, mais uniquement en cas de victoire pour s’installer à la région et ainsi détrôner le vieux lion.

Pas de débat d’idées

Dissidences, polémiques et querelles de personnes auront eu raison d’un véritable débat d’idées au cours de cette campagne électorale. Seule Europe-Ecologie par la voix de sa tête de liste, Jean-Louis Roumégas, s’évertue à attaquer systématiquement le «bilan catastrophique» de Georges Frêche tant sur le plan écologique qu’économique. «Le Languedoc-Roussillon est toujours la dernière région de France en terme de PIB par habitant, c’est ça la victoire du règne mégalomaniaque de Georges Frêche?», a-t-il lancé lors d’un récent meeting à Montpellier.

Et si les ténors politiques nationaux de tous bords se sont succédés pour soutenir les candidats anti-frêchistes, Georges Frêche a quant à lui reçut très peu de soutien en dehors de sa région, à l’exception de celui de son vieil ami, Gérard Colomb, maire de Lyon. Son agenda de campagne est resté l’un des moins chargé en comparaison de ceux des autres candidats qui courent les marchés et multiplient les meetings. Frêche n’a pas bataillé sur le front des idées, il n’en a pas eu besoin. Il peut remercier Martine Aubry venue soutenir Hélène Mandroux lundi 8 mars, pour la journée de la femme. De la rue de Solférino à Paris, la secrétaire nationale du PS a battu campagne pour lui, bien involontairement. Le banni du PS peut attendre paisiblement le 14 mars, assis dans son fauteuil, enchaînant dédicaces et dérapages verbaux.

Emmanuel Valette
Image de une: Hôtel de région de Montpellier / Wolfgang Staudt via FlickrCC

4 Réponses pour “Au royaume de Frêche, les dissidences sont loi”

  1. bros dit :

    languedocien je ne saurai me reconnaitre M Frèche
    la politique doit etre porteuse d’une valeur fondaentale à mes yeux : l’éthique
    Un politique a devoir d’exemplarité. Elu il est le meilleur d’entre nous et devons pouvoir nous identifier à lui.
    Pour les régionales mon vote est :
    ABSTENTION POSITIVE
    Je ne suis pas pécheur, mais un citoyen responsable qui e désole du spectacle donné à ces élections. Lamentable
    Image des méridionaux hableurs, fanfarons, grandes gueules
    Nous ne sommes pas que cela
    Les gens du Sud c’est autre chose
    Messieurs les poliicards je ne déjeunerais pas avec vous même avec une très longue fourchette
    je préfère être en disette
    Votre froamge partagez vus le entre vous je e satisfais de mes 800 euros net par mois
    Ciao

  2. sans dit :

    Frêche, c’est bien le mégalo qui bâtît à tour de bras des bâtiments mégalos, des maisons du Languedoc et qui rêvait de septimanie ?

    Comment disait le général déjà ? ah oui ! les français sont dévots(…) !

    Et les languedociens donc !

    On a les représentants qu’on mérite.

  3. Loustik dit :

    Les soutiens déclarés UMP et FN pour soutenir Frêche me confortent dans mon choix de voter pour une liste privilégiant des femmes et hommes et valeurs socialistes. L’adversaire n’est pas que le populiste de circonstances Frêche mais surtout le fonctionnement de la fédération PS dans l’Hérault. Les électeurs ne sont pas à même de comprendre les enjeux, et on ne leur en voudra pas de leur vote à ces régionales. Par contre, l’ouvrage est bien ébauché pour rénover le socialisme en LR, et les lendemeins s’annoncent de belles promesses.

  4. blend dit :

    Il est pas un peu injurieux pour les Languedociens-Roussillonnais ton commentaire sans?

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