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Les vidéos des régionales laissent les politiques à poil

Il y a plus ennuyeux que la campagne des régionales: les vidéos de la campagne des régionales. Se perdre dans les profondeurs de YouTube et de Dailymotion en cette période électorale est une expérience singulière qui rappelle la grande époque des vidéos d’entreprises et autres messages à caractère informatif.

Une grande partie des vidéos consiste en une interview en plan fixe des têtes de liste ou de leurs colistiers. Sachant qu’une interview d’une personnalité comme Eric Besson sur le compte de l’UMP culmine à 48 vues, on ne s’étonnera pas qu’une interview d’un inconnu comme Pierre Mammoser, 7e sur la liste PS dans le Bas-Rhin, n’ait été vue que par 3 personnes.

Les rares vidéos qui ont marché dans cette campagne l’ont souvent été aux dépens des candidats. Ainsi une vidéo du MoDem Ile-de-France superbement ringarde et intitulée «La région te laisse à poil» culmine à 17.000 vues (photo de l’article). Dans la même catégorie «bad buzz», Hervé Novelli, tête de liste UMP dans la région Centre, a eu la mauvaise idée de filmer ses colistiers sur un fond blanc, ce qui a donné des idées aux militants du «LOL», l’humour Internet.

Résultat: une parodie hilarante qui ridiculise Paulette Picard, tête de liste dans l’Indre… et un succès d’audience inattendu pour la vidéo originale, 12.376 vues. Alors que sa colistière Murielle Cheradame reste à 9 vues.

(Même Europe Écologie y est allé de sa petite parodie)

Sans tomber dans de tels abîmes, ces vidéos des candidats aux régionales restent souvent bloquées en-dessous des 100 vues. Rien de très grave a priori: c’est le destin de toute vidéo communautaire qui ne passe pas dans la grande moulinette du «buzz». Le problème, c’est que ces séquences politiques sont le plus souvent tournées par des professionnels et coûtent une somme non négligeable.

A titre d’exemple, Hervé Novelli annonce un budget de 30 à 40.000 € pour l’ensemble des vidéos de sa campagne, selon les chiffres que s’est procuré Slate. La liste Europe-Ecologie dans le Nord-Pas-de-Calais a dépensé de son côté 20.205 € pour le tournage de 9 reportages vidéos par le réalisateur Pierre Wolf, auteur du lipdub du parti pendant les européennes. Pour l’instant, la chaîne Dailymotion de la liste affiche 3.600 vues*; l’objectif initial fixé par l’équipe de campagne est de 6.000 vues, ce qui est un objectif raisonnable d’ici au second tour. Si l’objectif est atteint, chaque visionnage d’une vidéo aura coûté 3,37 € à Europe-Ecologie.

Est-ce bien raisonnable? «C’est vrai, il y a très peu de gens qui tombent dessus par hasard sur Dailymotion, reconnaît Priscilla Cassez, responsable web de la campagne. Mais nous le voyons plus comme un outil de campagne sur le terrain: quand les militants organisent des réunions en appartement pour détailler notre programme, ils se servent de ces vidéos comme d’un support.»

Le mirage Obama

Une vision réaliste qui tranche avec celle de beaucoup d’équipes de campagne encore hypnotisées par l’effet Obama et ce mirage de l’Internet faiseur de roi. «Nous avons filmé les colistiers de Jacques Bigot pour qu’ils aient aussi une visibilité, explique-t-on dans l’équipe de campagne du candidat PS en Alsace. Le but est de toucher grâce à Internet un public différent.» Avec une moyenne de 40 vues par vidéo sur la chaîne YouTube, on peut sérieusement douter de l’effet escompté.

Comment expliquer ce fiasco? Le format des élections l’explique en partie: lors de la présidentielle, les grands partis peuvent réfléchir avec des moyens conséquents à une politique intelligente sur les plateformes vidéos; dans ces élections régionales, chaque équipe de campagne se débrouille tout seul et ne peut viser qu’un public limité à sa région.

Mais le problème est plus général: «Les politiques n’ont pas une présence pérenne sur le web, donc ils ne sont pas reconnus comme des émetteurs», avance Rémi Douine, fondateur de The Metrics Factory, agence spécialisée dans la mesure d’audience sur les plateformes vidéos et les réseaux sociaux. Les candidats aux régionales, qui ont subitement ouvert il y a quelques semaines une chaîne Dailymotion qui se refermera après la campagne, partent avec un net handicap. Jean-Marie Le Pen, tête de liste en Paca, atteint les 7.000 vues sur son «journal de bord» car il a réussi à l’imposer comme un rendez-vous bien avant le début de la campagne.

A quelques rares exceptions (dont ce spot assez réussi du PS), les vidéos des régionales n’ont pas pour vocation de créer le «buzz» par elles-même. Tout repose donc sur la promotion qui en est faite; sans quoi elles disparaissent dans les tréfonds de YouTube ou de Dailymotion. «Les politiques font encore de la com’ web à l’ancienne en mettant du contenu sans se soucier de la promotion de ce contenu. Cela fait longtemps que les marques ont compris qu’une vidéo virale ne marchait que si elle était associée à l’achat d’espaces publicitaires et à une logique d’influence (envoi de la vidéo aux journalistes et aux blogueurs)», explique Rémi Douine.

Solution miracle: l’achat de pub?

Pour bien saisir l’importance de la promotion d’une vidéo, comparons ces deux spots identiques pour le site seloger.com: le premier, sans aucune pub, reste bloqué à 16 vues; le second, qui bénéficie d’achat d’espace, est à 20.261 vues. Eurêka! Il suffirait donc d’acheter de la visibilité en page d’accueil de Dailymotion ou de YouTube pour qu’une vidéo politique cartonne! Mais pas de chance, c’est proscrit par l’article L. 52–1 du Code électoral qui interdit toute publicité dans les médias ou sur Internet pendant les 3 mois précédant un scrutin.

La publicité étant interdite, reste donc l’«influence»: essayer de disséminer la vidéo un peu partout sur le web. Là encore, il y a une grosse difficulté: les journalistes web, enclins lors de la présidentielle 2007 à reprendre dans leurs articles les vidéos «buzz» apparues anonymement sur la Toile comme la fameuse vidéo de Ségolène Royal et les enseignants, rechignent à reprendre les vidéos des candidats aux régionales, notamment parce qu’elles sont ouvertement partisanes. Les seuls supports de reprise des vidéos outre les sites de campagne sont donc les blogs, Facebook et Twitter des militants… qui ne sont lus que par des militants.

Oubliez Obama. La vérité des vidéos des régionales, c’est qu’elles ne servent qu’à mobiliser les militants. Et encore!

Vincent Glad

* 400 DVD distribués gratuitement ont également été édités avec ces vidéos.

À LIRE ÉGALEMENT: Cruelle caméra 2.0

1 réponse pour “Les vidéos des régionales laissent les politiques à poil”

  1. tenshu dit :

    Moui mais à côté de ça le Front de Gauche largement banni des médias grands public totalise 22338 vues sur Dailymotion.

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