Lentement mais sûrement, le débat sur Paris la nuit s’inscrit dans les régionales. Au départ conflit local entre la mairie de Paris, les riverains d’associations mécontentes et les acteurs du monde de la nuit, les candidats s’y mettent aussi.
Jean-Paul Huchon est le premier à être entré dans ce débat. Le président PS sortant de la région Ile-de-France a promis aux acteurs du monde de la nuit des métros dès 4h00 du matin et en continu le samedi soir, «pour les RER et une partie des métros», comme il l’a précisé à 20minutes.fr. Lors d’un débat à Sciences-Po le 23 février, il a également proposé que le Pass Navigo soit dézoné le week-end comme c’est déjà le cas pour la carte ImaginR réservée aux étudiants. Ce genre d’ouverture toute la nuit est mise en place de manière imparfaite lors d’événements exceptionnels comme le Nouvel an ou la Nuit Blanche. Son adversaire UMP, Valérie Pécresse, ne l’a pas suivi dans cette voie. Appelée à réagir par France-Soir, elle a répondu, lapidairement: «C’est le moment des cadeaux, on est en période électorale. Mais combien cela va-t-il coûter? Et qui va payer?»
Des nuits plus longues
Cette mesure devrait réjouir les noctambules, qui sont souvent aussi des jeunes électeurs, et les commerçants, qui sont souvent considérés comme des relais d’opinion. Devoir après 2 heures prendre un taxi ou rentrer en vélib’ ivre en rebute plus d’un. En différant dans le temps les sorties de bars et de boîtes, la proposition cherche aussi à satisfaire les associations de riverains mécontentes qui se plaignent du bruit insupportable, comme le réseau Vivre Paris! Pas certain pourtant que cela les réjouisse. Ouvrir plus longtemps les métros ne va pas changer l’heure de fermeture des bars, qui ont dans leur majorité la permission de 2h. Les noctambules continueront donc de s’agglomérer autour des bars entre 1h30 et 2h au moment où les barmen leur demandent de partir. Un effet inverse à l’objectif est même possible: les consommateurs qui avant partaient plus tôt que la fermeture pour être certain d’attraper la correspondance ou le dernier métro pourront rester jusqu’au bout. Et donc, «traîner» à la sortie. Sous les fenêtres des riverains mécontents. Bon nombre de soirées en appartement se finissent à cette heure-là également, quand les gens désertent pour rentrer en transport en commun. Elles devraient donc durer plus longtemps (ce qui réjouira les séducteurs ou séductrices en herbe, exaspérés par l’excuse habituelle du «je dois partir, je dois attraper le dernier métro»). Le réseau Vivre Paris! dénonce également la mauvaise insonorisation et la musique, notamment électro, qui monte à travers les étages et empêche de dormir. Peut-être conscient de ces problèmes, Jean-Paul Huchon envisage également «que le conseil régional subventionne l’isolation de certains lieux nocturnes».
Faciliter l’accès à la capitale
D’autres mesures prônées pourraient, de manière indirecte, avoir une influence sur la nuit parisienne. C’est le cas du débat sur le prix du Pass Navigo. Le NPA propose de le rendre gratuit, Dupont-Aignan s’est lui prononcé pour un prix unique à 50 euros et le Front de Gauche à 56 euros. Cette dernière solution coûterait 600 millions d’euros à la région et au Stif et est refusée par Jean-Paul Huchon qui juge que cela entamerait trop la capacité d’emprunt du Stif. Toujours est-il qu’un pass moins cher permettrait à un plus grand nombre de personnes, surtout les jeunes qui habitent loin en grande banlieue, de se rendre dans la capitale pour sortir. Cette idée, qui vise à désenclaver ces zones, remplirait également davantage les bars et restaurants situés à proximité des grands axes de transport en commun: Châtelet, Odéon, Saint-Michel, Le Marais, Bastille… Pile les quartiers où se trouve la majorité des associations de riverains qui protestent et qui se plaignent déjà du trop grand nombre de noctambules.
Mais entre quelques milliers de riverains mécontents qui ont la malchance d’habiter dans les rues passantes et séduire une vaste majorité de jeunes sur la seule mesure importante pour eux sur laquelle la région peut avoir une influence, le choix est sans doute fait pour les partis en quête de voix.
Quentin Girard
Image de une: Paris at Night, Panorama / Ian Muttoo via FlickrCC















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